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« Un toit, c’est un droit ». À Lille, les mineurs isolés se sont de nouveau mobilisés pour un hébergement digne.

Vendredi 30 janvier, les jeunes mineurs isolés en recours de Lille ont occupé symboliquement la porte de Paris pour demander un hébergement pour tous les jeunes. La préfecture a répondu aux revendications minimales.

Vendredi 30 janvier 2026, les jeunes du collectif des mineurs non accompagnés en recours du quartier des Bois Blancs à Lille, accompagnés d’Utopia 56 et de leurs soutiens, menaient une action visant à interpeller la préfecture et trouver une solution d’hébergement aux jeunes mineurs qui dorment en tente en plein hiver.

Un mineur du collectif raconte : « Nous nous rassemblons devant la mairie car notre situation est urgente. Un mineur ne devrait jamais dormir dehors, encore moins en plein hiver. Chaque journée qui se passe dehors dans le froid, il y a l’attente et l’angoisse. Cette situation est indigne et inacceptable. Vivre sans toit, sans sécurité, sans stabilité, met en danger notre santé, notre dignité, et notre avenir. »

Après plusieurs heures de mobilisation, la préfecture concède un hébergement pour les 19 jeunes sans solution, au gymnase de Lambersart. Les autres pourront continuer à dormir dans le gymnase de Fives, ou dans les paroisses. Ce n’est pas la revendication maximale, mais c’est le minimum vital. Personne n’a dormi à la rue le week-end suivant. Il fallait bien ça pour se faire entendre. Les jeunes et plusieurs soutiens s’étaient préparés à rester toute la nuit sur place s’il le fallait.

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Action des mineurs isolés lillois devant la porte de Paris, à Lille, pour le droit à l’hébergement digne. PHOTOS : Louise Bihan.

Une victoire en demi-teinte

« Le préfet accepte les 19 jeunes sans solution au gymnase de Lambersart ce soir« , affirme Laura, coordinatrice à Utopia 56 Lille. « Il s’engage, comme il a dit au départ, à prendre en charge les jeunes de Fives après [la fin]du Plan Grand Froid mardi [3 février]. Il dit essayer de trouver des places pour ceux de Lambersart mais ne garantie pas pour l’instant. Il a dit aussi qu’il cherchait pour les jeunes des paroisses à partir de mi-Mars. Mais tout dépend des places dans les centre d’hébergement dans le Nord. Donc Armentières, peut-être le littoral. On a pas trop d’informations là-dessus« , rajoute-t-elle.

Grâce à leur lutte, les jeunes pourront dormir à l’abri quelques nuits. Mais la situation est loin d’être pérenne. Bien que des solutions aient été données pour après la fin du plan grand froid, dès le 4 février, ni les jeunes, ni Utopia 56 n’ont de garanties qu’elles dureront réellement. Sans garantie sur le long terme, des jeunes finiront de nouveaux par dormir dehors. La lutte des jeunes mineurs en recours de Bois Blancs continue jusqu’à ce qu’une solution durable puisse être enfin trouvée.

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant, adoptée en 1989 par l’ONU et ratifiée par la France en 1990, énonce que tout enfant a droit à l’éducation, la santé, la protection, un refuge et des conditions de vie décentes. La nuit, à Lille, au mois de Février, les températures peuvent descendre jusqu’à 4°. Le besoin de soutien est immense pour les jeunes. Pour prendre contact avec leur collectif, rendez-vous sur leur page Instagram.

La mobilisation continue

Mardi 3 février, à la sortie des jeunes de la salle des fêtes de Lambersart où ils étaient hébergés pour le week-end, plusieurs soutiens se sont réunis devant le lieu pour accueillir les jeunes et tenter de leur trouver des solutions. Après un temps de négociations avec la préfecture, des solutions individuelles ont pu être trouvées pour les 28 jeunes hébergés à Lambersart, ainsi que pour les 16 autres jeunes qui sortaient, également le matin-même, du gymnase de Fives. Ces derniers dormiront à Villeneuve d’Ascq, dans un hébergement payé par la préfecture. Et même s’il faut saluer le fait que personne ne dormira à nouveau dehors, Laura, d’Utopia 56, continue de déplorer le fait « qu’on nous laisse dans l’incertitude jusqu’à la dernière seconde. Les jeunes devaient sortir à 9 heures du gymnase. A 9 heures, on nous annonce que les jeunes seront relogés, alors que la préfecture le savait déjà avant. Pareil pour Lambersart, on a eu la confirmation à 10 heures. 14 d’entre eux seront hébergés dans un hôtel à Tourcoing, payé par la ville de Lille, et 14 seront hébergés par le département« .

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Action des mineurs isolés lillois devant la porte de Paris, à Lille, pour le droit à l’hébergement digne. PHOTOS : Louise Bihan.

Une prise en charge temporaire menée donc, par la ville, la préfecture et le département. Un engagement tripartite temporaire, arraché par la lutte, qui fait partie de longue date des revendications des jeunes et de leurs soutiens, tout en sachant que c’est le département, en charge de l’aide à l’enfance, qui est un des principaux responsables de leur situation en refusant de les reconnaître mineurs. Le 4 février dernier, les 3 parties (ville, préfecture, département) se sont fendues d’un communiqué affirmant que « tenant compte de la situation de vulnérabilité de jeunes migrants ayant été évalués majeurs par le Département et qui avaient mis à l’abri, les services de l’Etat, du département du Nord et de la ville de Lille ont décidé, pour des raisons humanitaires, d’assurer la continuité de leur prise en charge à la suite de la fin du plan grand froid« . Mais le communiqué prend la peine de rappeler que « cette mise à l’abri humanitaire ne saurait constituer, en elle-même, une réponse aux éventuels contentieux relatifs à l’évaluation de la minorité, ni une remise en cause de la qualité de l’évaluation réalisée par le service mandaté par le Département« .

Pour Laura, si cet engagement temporaire est salutaire pour les jeunes, il est clairement insuffisant. « On a déjà rencontré cinq jeunes remis à la rue par le déparement depuis lundi. C’est toujours le même problème : tant que les places ne sont pas réattribuables, ou qu’il n’y a pas de dispositif pérenne pour les jeunes qui sont un flux, le problème va se répéter. »

Et la mobilisation, aussi.

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Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream en amatrice sur Twitch, Youtube, Owncast. Animatrice radio instable mais motivée.

louise

Travailleur social, vidéaste indépendant et apprenti documentariste, investi dans les luttes sociales depuis 2020, particulièrement intéressé par l'antiracisme et la pensée décoloniale.