L’annonce, faite via la direction de l’établissement, est tombée comme un coup de massue. Le rectorat assume la suppression de « dizaines d’heures » d’enseignement au sein du lycée Châtelet, dans le centre-ville de Douai. 30 heures, plus exactement, dont la disparation est prévue pour la rentrée 2026. Inacceptable pour l’intersyndicale de l’établissement, qui s’est rassemblée hier, mardi, sur les coups de midi, devant la cité scolaire publique aux côtés de plusieurs élèves. « La situation aura une répercussion sur les élèves en priorité, rappelle Stéphanie Fouquet, professeure d’italien et élue au conseil d’administration pour le SNALC. « Ce n’est pas la responsabilité du chef d’établissement qui est obligé de faire avec la misère, mais la proposition qu’il nous fait n’est pas acceptable. Pour maintenir les enseignements obligatoires, il propose de supprimer toutes les options (arabe, espagnol, italien) ainsi que les sections euro et bi-nationales. Il y a un enseignement des langues qui fait partie de l’identité de l’établissement qui va disparaître ».
« Je propose qu’on fasse comme ça mais qu’on enlève le terme « vivante », ça sera une langue mais elle ne sera pas vivante, ironise madame Roszac, professeure d’anglais. Les groupes vont être réduits et on envisage des cours à classes entières à 35/36 plutôt qu’en groupe. On a peu d’horaires par semaine, par exemple en terminale, ils ont 2 heures de cours. Si on a des classes de 35 plutôt que 24, ça va être hallucinant pour corriger les copies. Je ne vois pas comment on pourrait faire humainement. »
Le rectorat reste silencieux
Ce qui révolte le plus les enseignants mobilisés ce jour-là, c’est le sentiment d’une histoire qui se répète. « La question qui nous anime, reprend madame Roszac, c’est pourquoi on est depuis 5/6 ans la cible de suppressions massives alors qu’il y a de grandes disparités avec des établissements qui récupèrent un nombre conséquent d’heures. Tous les ans, nous allons au rectorat pour demander une audience et on nous dit qu’on est un établissement privilégié mais ce n’est pas vrai. Nous avons 23 % d’élèves boursiers, contre 19 % au niveau national. »
Son collègue Damien Deloffre, enseignant en physique-chimie, abonde. « Les effectifs ne baissent pas, mais la dotation horaire baisse. Les moyens disparaissent. L’IPS [Indice de Position Sociale, ndlr] de nos élèves n’est pas correctement évalué. La région nous a supprimé des moyens financiers et maintenant c’est l’État qui nous supprime des moyens d’enseignement. »
« Nos élèves sont de moins en moins favorisés et on doit continuer à fonctioner avec moins d’heures pour les encadrer », résumé madame Roszac.
Si les effectifs ne baisseront pas cette année, les prochains rentrées risquent d’être difficiles en terme de dotations horaires et de classes surchargées. « Il n’y a pas de suppression de postes l’an prochain mais dans 2 ans, les collègues devront aller dans d’autres établissements. On a perdu 170 heures en 5 ans. On a pas d’explications sur les raisons d’une telle décision », déplore la professeure d’anglais.
Et c’est peut-être ça le plus impactant : le silence. Alors qu’en face, beaucoup d’incertitudes demeurent. « Pourquoi chez nous plutôt qu’ailleurs ?, se demande Damien Deloffre. On ne manque pas d’élèves mais juste de moyens. Le pourquoi est local mais aussi national. »
Car le contexte budgétaire et politique national n’y est pas pour rien dans cette décision du rectorat. En tout, en France, ce sont près de 4000 suppressions de postes d’enseignants qui sont prévues dans le projet de loi de finances 2026, définitivement adopté par l’Assemblée Nationale le 29 janvier dernier.
C’est la raison pour laquelle une intersyndicale de l’éducation appelle à se mobiliser ce 11 février partout en France. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, des mobilisations sont prévues à 14 heures devant le rectorat de Lille et devant l’inspection académique d’Arras.
Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream en amatrice sur Twitch, Youtube, Owncast. Animatrice radio instable mais motivée.

