« Le méga-canal prend l’eau ». C’est ainsi que la coalition « Méga Canal, non merci » a nommé son appel à mobilisation dans les Hauts-de-France du 9 au 12 juillet prochain contre ce projet de construction de canal de 107 kilomètres. Un projet que la société en charge de la construction du canal affirme qu’il « permettra ainsi le développement du fluvial, solution écologique de transport de marchandises, et facteur de compétitivité des productions et d’attractivité des territoires ». Mais pour ses opposant⸱es, la réalité est autre : ce projet incarnerait une vision archaïque du développement, un modèle capitaliste en opposition aux besoins écologiques contemporains. Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec Valentin, militant aux Soulèvements de la Terre et Extinction Rébellion à Lille, et Kata, militante aux Naturalistes Des Terres.
Kata : « Le Canal Seine-Nord Europe, c’est un projet qui date des années 90-95, une portion de 107km qui rejoint Compiègne à Aubencheul-au-Bac, en dessous de Cambrai. C’est un projet qui vise à relier le bassin parisien avec le nord de l’Europe, avec de format de méga-barges qui font 4000 tonnes. On lutte contre ce projet car il existe déjà un canal, le canal du Nord, et on trouve que c’est une aberration de faire quelque chose de nouveau à côté alors qu’on pourrait déjà réhabiliter l’existant.
Il y a des ports qui vont être installés tout au long du canal, ça va augmenter le flux des camions de proche en proche qui vont aller de tous les axes à côté du canal, jusqu’au canal. On sait que ça va densifier les transports routiers tout autour et donc dans la région. Le projet est porté principalement par Xavier Bertrand. Initialement, c’était un projet de partenariat public-privé avec des grosses boîtes de BTP qu’on connait et qui ont décidé de ne pas s’impliquer dans ce projet-là parce qu’il n’était pas rentable. Malgré tout, Xavier Bertrand s’est obstiné à le maintenir et à faire en sorte que ce projet soit le plus abouti possible alors qu’en fait c’est une abérration économique aussi.
Le projet est donc financé que par des acteurs publics : l’Europe, à 40 %, l’État, les collectivités locales notamment pour touts les constructions annexes autour, donc tous les ports francs et les ouvrages d’art. »
Valentin : « L’idée de ce canal, c’est qu’il faut avoir à l’esprit que ça va impacter toute la région Hauts-de-France. Ça va avoir un effet énorme avec différents projets qui vont venir et nous, si on s’oppose à ce projet, c’est déjà qu’on est pas d’accord avec le projet économique en tant que tel : capitaliste, néolibéral, dans la mondialisation… Et on est contre les impacts environnementaux, socio-économiques qu’il va y avoir. Il faut se dire que tous les grands projets comme le canal (on peut le comparer aussi à l’A69 ou aux mégas-bassines etc), c’est toujours baigné maintenant dans du greenwashing. Ils essayent de trouver quelque chose d’écolo là-dedans parce qu’ils savent que ça tient pas trop, en réalité. La question du report modal qu’ils mettent en avant, il y a pas mal d’expertises là-dessus, notamment de la part de sociologues comme David Gaborieau qui a travaillé sur la logistique. Ils ont montré que c’était une immense connerie le report modal. Même la société du Canal Seine-Nord Europe, chapautée par la région Hauts-de-France et présidée par Xavier Bertrand dit qu’en réalité, le canal va rajouter des camions et surtout le trafic ne sera pas pris aux camions mais au fret ferroviaire, déjà bien abîmé par le gouvernement Macron.
Financièrement, on a deux rapports qui sont sortis, un rapport de la Cour des comptes qui date de mars, mais également un rapport du conseil d’orientation des infrastructures qui disent en clair que financièrement c’est n’importe quoi parce que tout n’est pas financé. On en est à 4 milliards sur 7, et encore ça peut aller jusqu’à 10 parce qu’ils ne prennent pas en compte l’inflation, les coûts annexes… Il n’y a pas assez de financement à tel point que Xavier Bertrand a dit qu’il allait porter plainte contre l’État pour le forcer à payer. L’État et l’Union Européenne sont en train de se dire « oh là là le bourbier », ils ont même pas envie de mettre du fric là-dedans. C’est un chantier sur lequel veut mobiliser parce qu’il est national. »
Mobilisation prévue du 9 au 12 juillet prochain dans les Hauts-de-France, le lieu n’est pas encore dévoilé. Il y aura un grand weekend avec un village associatif où tout le monde est invité à participer, il y aura des débats, des tables rondes. L’envie de faire « quelque chose de familial », avec un projet de bambinerie pour accueillir les enfants. Il y aura une manifestation qui sera ouverte à toutes les personnes qui souhaitent se mobiliser.
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Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.

