Dans la cité Gayant, ce dimanche soir, c’était le choc. L’annonce des résultats du premier tour des élections municipales est tombée comme un coup d’éclat : ce soir-là, le Rassemblement National arrivait en tête. Portée par le député de la 17e circonscription (à laquelle appartient Douai) Thierry Tesson, la liste RN-UDR a alors récolté 29.72 % des voix. Seulement 400 voix derrière, la liste PS-PCF-Place Publique portée par le maire sortant Frédéric Chéreau obtient 26.13 % des suffrages exprimés. Une confrontation malheureusement attendue par une partie de la gauche locale. Mais à ce duel se rajoute un détail, et pas des moindres : dans un ballotage surprenant, la liste LR-Horizons portée par Coline Craeye et la liste divers gauche portée par François Guiffard obtiennent respectivement 19.30 % et 13.61 % des voix.
Dans un cas de figure de duel simple, Frédéric Chéreau était plutôt assuré de l’emporter face au RN. Mais dans le cadre d’une quadrangulaire, les choses ne sont pas si simples.
Alors, évidemment, à gauche, dès le soir même, les appels à l’union et au front républicain ont commencé à fuser. Même si du côté des listes de gauche perdantes, en particulier celles portées par Stéphanie Stiernon (Écologistes) et Patricia Boulan (LFI), les réactions ont été vagues : personne ne semblait vouloir se prononcer pour un candidat en particulier.
Dans tous les cas, passée la sidération, il fallait bien se rendre compte à l’évidence : le risque d’une victoire du RN dans une des plus importantes villes du bassin minier, sous-préfecture du département du Nord, est malheureusement bien concret. C’est là d’ailleurs toute l’urgence du moment. L’extrême-droite dirigeant une ville comme Douai provoquerait une déflagration politique semblable à celle qu’Hénin-Beaumont a connu en 2014. A ceci près qu’ici, cette menace est prise au sérieux. Par les militant-es comme par les candidat-es.
Et c’est en ce sens que les candidats Frédéric Chéreau et François Guiffard ont mis fin au bruit qui courait depuis dimanche soir et ont annoncé, en conférence de presse, la fusion de leurs 2 listes. Pour le candidat-maire, cette fusion est une évidence : « Quand je lis le programme de François Guiffard, quand il parle de logements, du centre-ville, des quartiers… je m’y retrouve. Nous avons évidemment des désaccords, mais c’est secondaire » énonce celui pour qui cette union est avant tout « responsable, républicaine, et progressiste ».
« L’alliance est sincère. C’est une liste de rassemblement, nous n’avons pas la volonté d’écraser mais bien de fédérer, de rassembler. Le projet continuera de s’écrire », promet François Guiffard.
Les deux hommes, qui assurent « s’apprécier mutuellement » le martèlent : « Il n’y a pas d’accord secret ». « Je n’envisage pas d’être le maire qui fera gagner l’extrême-droite », assure Frédéric Chéreau. « Tous les débats qu’on a pu avoir ensemble, ça ne bloque rien. Nous avons des débats démocratiques et respectueux. Nous partageons sufisamment de valeurs et de projets pour que ça aie du sens ».
« Je n’envisage pas d’être le maire qui fera gagner l’extrême-droite.»
Frédéric Chéreau
À la question de savoir si des négociations ont été entamées avec Coline Craeye, Frédéric Chéreau précise : « J’ai suggéré à madame Craeye le désistement républicain. J’aurai eu plus de mal à travailler avec elle. On travaille mieux quand on est souvent d’accord ». Du côté de François Guiffard, on assume : « ce qu’on fait, c’est la meilleure réponse politique. Madame Craeye a proposé que je me désiste pour elle mais je n’en vois pas la possibilité. La liste de Chéreau est la meilleure. Je m’adresse à chaque douaisien-ne : ça sera entre le RN et nous ».
Est-ce que cette union suffira à battre le Rassemblement National ? Réponse dimanche prochain.

Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream en amatrice sur Twitch, Youtube, Owncast. Animatrice radio instable mais motivée.

