Le corps d’un soldat israélien ébranle la conscience du monde, tandis que des milliers de corps palestiniens ensevelis sous les décombres ne soulèvent que poussière. Alors que le corps d’un seul prisonnier israélien devient une cause célèbre à l’échelle mondiale, des milliers de dépouilles palestiniennes reposent sous des maisons détruites, privées de linceuls, de sépultures et même de reconnaissance.
Où sont les corps de nos martyrs prisonniers dans les prisons israéliennes ? Où sont les disparus, engloutis par les bombardements ? Gaza ne recherche plus seulement les vivants, mais aussi ses morts et la moindre trace témoignant d’une vie humaine passée.
Cet appel poignant a coïncidé avec l’annonce par Israël de la récupération du corps du soldat Ran Ghafili, prisonnier de Gaza, lors d’une opération qualifiée de « complexe ». Les médias israéliens ont présenté cette mission comme un exploit extraordinaire. Pourtant, la réalité sur le terrain est bien plus sombre.
Les forces israéliennes ont mené une vaste opération au cimetière d’Al-Batsh, dans l’est de la ville de Gaza, pendant deux jours. Cette opération a entraîné la profanation de centaines de tombes : des engins de chantier ont exhumé des corps, qui ont ensuite été transportés à l’institut médico-légal israélien d’Abou Kabir pour identifier Ghafili. L’opération s’est déroulée sous un feu nourri et a bénéficié d’une couverture aérienne pour sécuriser le retrait des troupes. La scène était atroce : des tombes palestiniennes ont été rasées, des restes exhumés et des cimetières dévastés. Plus de 10 000 corps palestiniens restent ensevelis sous les décombres à travers Gaza, inaccessibles et non identifiés. Le caractère sacré de la mort a été bafoué.
Même les morts sont assiégés
Pendant qu’Israël mobilise sa vaste puissance militaire pour récupérer un seul corps, Gaza endure une réalité bien plus cruelle : des milliers de cadavres restent non retrouvés, des prisonniers meurent sous la torture sans que leurs corps ne soient restitués à leurs familles, et des villes entières accomplissent des prières funéraires en l’absence des victimes. À Gaza, même les morts sont assiégés, et même les corps sont punis. Il ne s’agit pas d’une tragédie passagère, mais d’une dénonciation morale permanente, qui met à nu un système où la vie et la mort palestiniennes sont dénuées de dignité et de valeur.
Cet épisode révèle bien plus qu’une simple opération militaire. Il met au jour un ordre éthique en déliquescence qui sanctifie un seul corps tout en en dégradant des milliers. Ce qui se déroule à Gaza n’est pas seulement une guerre, mais une campagne de déshumanisation systématique, qui profane la vie, la mort, la mémoire et la dignité, sous le regard silencieux d’un monde qui ne réagit que lorsque la victime est israélienne.
Au final, il ne s’agit pas simplement de l’histoire d’un corps retrouvé et de milliers d’autres profanés ; c’est une dénonciation accablante d’un ordre mondial qui a renié ses principes moraux les plus fondamentaux. Tant que la vie et la mort des Palestiniens seront considérées comme négligeables, la justice restera un slogan vide de sens et le droit international un instrument sélectif. Gaza est aujourd’hui le reflet brutal de l’effondrement de la conscience, de la faillite de l’éthique politique et du coût mortel de l’indifférence mondiale. Tant que la dignité palestinienne ne sera pas rétablie, dans la vie comme dans la mort, aucune revendication d’humanité, de légalité ou de paix ne pourra être prise au sérieux.
Sarah Emad et sa famille, prise au piège du génocide à Gaza, ont besoin de votre aide pour se fournir en besoins essentiels. Avec l’hiver, la pluie abime les tentes et le froid fait rage. Si vous le pouvez, merci de faire un don (même minime) sur leur cagnotte. Merci !