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« Une lutte continue depuis plusieurs années » : une manifestation à Hénin-Beaumont en soutien à Djelloul Khéris, agent territorial et syndiqué SUD.

Entre 200 et 300 personnes ont battu le pavé héninois ce lundi en soutien à Djelloul Khéris, agent territorial et représentant syndical, menacé de révocation par la mairie d’extrême-droite.

Entre 200 et 300 personnes se sont rassemblées lundi matin devant la mairie d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) en soutien à Djelloul Khéris, agent territorial de la commune dans le secteur de l’animation, figure du milieu associatif local et représentant syndical Sud Collectivités Territoriales. Il passait ce jour en conseil de discipline après que celui-ci ait été reporté à 2 reprises. La mairie, qui demande sa révocation de la fonction publique, l’accuse de « conflits d’intérêts » entre son statut de fonctionnaire et ses mandats associatifs, notamment au sein de l’association l’Escapade. Cette dernière fût au coeur d’une bataille politique l’hiver dernier, bataille que nous avons documenté à Espaces dans un long-métrage, « Des Nimbes au Monde« , dont les premières projections arrivent très prochainement (première projection au cinéma le 9 février à 19h30, au Tandem de Douai). L’association, qui gérait le centre culturel héninois depuis 60 ans, a été expulsée en janvier 2025 des locaux qu’elle occupait alors. En cause : une « mauvaise gestion financière » et une accusation d’harcèlement moral portée à l’encontre de l’ancien directeur artistique du lieu. La mairie RN reproche notamment à Djelloul Khéris, administrateur de l’Escapade, d’avoir organisé une réunion avec les agents de la ville qui ont porté l’accusation d’harcèlement moral. Elle reproche également au syndicaliste sa participation à notre documentaire, l’accusant d’avoir « manqué à son devoir de réserve« .

Le conseil d’administration de l’Escapade a, lui, toujours dénoncé la volonté de la mairie de laisser les portes fermées et la manière dont la crise a été gérée par l’administration héninoise.

De son côté, Djelloul Khéris nie évidemment toutes ces accusations, et se félicite de la décision des juges du conseil de discipline qui ont voté à l’unanimité l’absence de sanctions à son encontre. Une décision bien évidemment consultatitve, que le maire pourra choisir de suivre ou non.

Parmi les personnes venues soutenir Djelloul ce lundi, Tayeb Khouira, secrétaire national de l’Union Syndicale Solidaires, l’affirme : « notre camarade est en lutte directe avec le fascisme, tous les jours. Une lutte continue depuis plusieurs années. Ce qu’il se passe à Hénin-Beaumont est un aperçu de ce qu’il risque de se passer sur tout le territoire. L’extrême-droite, on le voit, son ennemi principal, c’est les syndicalistes« .

Même écho du côté de Marine Tondelier, secrétaire nationale « Les Écologistes » et conseillère municipale d’opposition à Hénin-Beaumont, également présente à la manifestation. Elle dénonce une situation qui va bien au-delà du cas de Djelloul Khéris. « Le problème, c’est le système mis en place [par la mairie RN]. Quand t’es seul face à cette machine, que t’as peur pour ton emploi, que derrière il y a ta famille, tes moyens de subsistance, c’est compliqué. Il y en a qui ont continué parce qu’ils sont syndicalistes et que ça leur permet de continuer à défendre d’autres personnes, à tenir la barre et à continuer de dire les choses. Djelloul en fait partie, c’est normal d’être à ses côtés parce que c’est courageux« .

Pour Véronique Sajus, syndiquée à Sud Collectivités Territoriales en Haute-Garonne et membre du bureau fédéral, c’était important de venir manifester ce jour « vu le contexte politique, et bien sûr le fait qu’Hénin-Beaumont est le fief de Marine Le Pen [dont le procès en appel après sa condamnation en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires européenns commence aujourd’hui, ndlr]. Le maire mélange tout : Djelloul l’agent de la collectivité et son rôle dans des associations. Ils ont déjà évincé la CGT, maintenant c’est notre tour, sur des fausses accusations.« 

L’Union Syndicale Solidaires dénonce plus globalement une « répression syndicale » et appelle à se tenir au côté de Djelloul dans la suite du combat à venir. Car il est fort probable que Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont, ne suive pas l’avis du conseil de discipline et décide de sanctionner malgré tout l’agent. Une affaire qui pourrait donc se poursuivre devant les tribunaux. Joint par téléphone hier en fin de journée, Djelloul Khéris affirme « se sentir fatigué, parce que ça fait depuis 2014 que ça dure et qu’on est seulement au début des problèmes« . Malgré tout, il reste déterminé à continuer le combat et salue la décision du conseil de discipline : « j’ai réussi à prouver ce matin avec mon secrétaire de section Gilles Rembotte et mon avocat Maître Crusoé que j’étais complétement innoncent de ce dont le maire m’accuse. Les juges ont compris qu’il n’y avait pas de conflits d’intérêts. C’est une manche de gagné, c’est quelque chose qui est derrière. Maintenant, il y a la suite. Mais je ne suis pas tout seul« .

Dans un communiqué transmis à l’AFP, le maire d’extrême-droite Steeve Briois affirme qu’il « prendra sa décision dans les prochaines semaines » et accuse « l’extrême-gauche » de continuer « à s’agiter pour défendre l’indéfendable« . Contrairement à son habitude, celui-ci n’a toujours pas fait de communication à ce sujet sur les réseaux sociaux à l’heure où nous bouclons cet article.

Réalisation, montage, prise son : Louise Bihan.

Prise d’images : Aurore Hapiot Froissart

Retrouvez notre documentaire sur la lutte pour la sauvegarde du centre culturel de l’Escapade à Hénin-Beaumont au cinéma : le 9 février, à 19h30, au Tandem de Douai (59). Plus d’infos à venir.

Comm diff douai

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