Ce dimanche à Douai, une centaine de personnes a battu le pavé sous le soleil pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et minorités de genre. À l’initiative de cette marche, 3 organisations : Nous Toutes Douai, les Jeunes Communistes du Douaisis, et l’association LGBT+ de Douai, récemment créée. Fait notable : c’est, de mémoire militante locale, la première manifestation pour le 8 mars de l’histoire de cette ville de 40 000 habitants. Un village associatif était également organisé avec un stand par association.
L’histoire, il en a justement été question cet après-midi. Avec, au coeur de l’évènement, l’importance de se rappeler de toutes ses figures qui ont mené le combat féministe jusqu’au bout. La lutte ne vient pas de nulle part. « Je pense à Louise Michel, et aux femmes de la Commune de Paris« , rappelle Odile Hage, militante communiste douaisienne et veuve de l’ancien député PCF (1988 – 2005) de la XVIe circonscription du Nord Georges Hage, mort en 2015. « Je pense à toutes ces femmes qui font ce qu’on est aujourd’hui. On a encore beaucoup à conquérir« , tient-t-elle à rappeler.
Sur ce point, dans la petite foule réunie en plein soleil sur la place d’Armes, tout le monde est d’accord. Chaque prise de parole en témoignera. « Le 8 mars 1917, c’est le début de la révolution de février en Russie« , continue Salomé, militante à la Jeunesse Communiste. « La guerre avait affaibilit économiquement l’empire, et le peuple avait faim. Les femmes ont manifesté à Petrograd et ont revendiqué du pain, le retour de leurs maris partis au front et le droit de vote. Le 8 mars est alors célébré depuis 1921 dans tout le bloc de l’Est. C’est de cette manifestation féministe qu’a commencé la conquête de nouveaux droits pour les femmes.«
« Partout dans le monde, les gouvernements d’extrême-droite attaquent les droits fondamentaux des femmes« , reprend-t-elle. En Hongrie, aux États-Unis, en Pologne, les droits des femmes et des minorités de genre se sont restreints ces dernières années : restriction du droit à l’avortement (en Hongrie, les femmes souhaitant avorter doivent obligatoirement écouter le coeur du foetus avant l’acte et son accès est de plus en plus difficile, par exemple), aux États-Unis, le Kansas a annoncé récemment que tous les permis des personnes trans seront annulés s’ils ne correspondent pas à leur identité de genre assignée la naissance. En Pologne, depuis 2020, l’avortement est interdit sauf dans 2 cas : grossesse résultant d’un viol, risque pour la vie et la santé de la femme enceinte.

Et la France n’est protégée d’aucun risque, rappelle les militantes. « Nous souhaitons pousser un cri d’alerte« , lance Ève, de l’association LGBT+ du Douaisis. « Certaines femmes, certains hommes, voient leur identité contestée même aujourd’hui en France comme partout dans le monde : les personnes trans et non-binaires. Je voudrais leur parler directement : vous existez. Vous avez toute votre place dans ce grand combat qu’est le féminisme. Partout dans le monde, les personnes trans se voient refuser l’accès à des vestiaires, à des compétitions sportives, des soins médicaux« . Elle dénonce également le comportement de Thierry Tesson, député RN de la 16e circonscription du Nord. Une militante de l’association a été victime d’harcèlement transphobe dans les commentaires d’une publication du député sur sa page Facebook alors que celle-ci avait posté un commentaire. Pour Ève, qui accuse le député de ne pas avoir réagi malgré les alertes et son obligation de modération sur sa page Facebook, c’est le signe d’un climat plus général. « En France, on débat encore de l’existence même des personnes trans. on leur refuse des soins à tel point qu’elles s’organisent elle-même pour trouver des praticiens safes [accueillants, ndlr]« . Et de citer également une disposition présente dans le budget de cette année, adopté par l’usage de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui introduit une contribution de 50 euros dans le cas d’une saisine d’un tribunal judiciaire, ce qui est encore le cas aujourd’hui pour les changement de mention de sexe à l’état civil (ce que dénonce la Défenseure des droits, comme le rappelle l’association Toutes des femmes).
La situation nationale et internationale demande donc à ne pas se laisser faire. C’était tout le sens de cette manifestation, qui en rejoint d’autres partout en France et dans le monde. Selon la CGT, « plus de 200 000 personnes » ont manifesté dans toute la France ce 8 mars. « C’est pour célébrer ces femmes courageuses, ces femmes qui ont brisé le silence, que nous sommes réunies aujourd’hui« , affirme Meïssa Legrand-Rezgui, militante à Nous Toutes Douai. « Nous célébrons aujourd’hui une longue lignée de femmes qui ont porté l’humanité sur leurs épaules, souvent sans en recevoir le crédit mais toujours avec une détermination sans faille« .
Des femmes dont il ne fallait pas oublier le nom, c’est pourquoi certaines d’entre elles ont été célébrées sur les murs de la ville, tout au long du parcours.

Une première manifestation réussie pour les associations organisatrices, qui ne comptent pas s’arrêter là. L’association LGBT+ du Douaisis souhaite organiser une marche des fiertés le 6 juin prochain. Il n’y avait pas eu de telles marches dans la cité Gayant depuis 2022.
Reportage vidéo de Martin Viguié.
Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream en amatrice sur Twitch, Youtube, Owncast. Animatrice radio instable mais motivée.
Travailleur social, vidéaste indépendant et apprenti documentariste, investi dans les luttes sociales depuis 2020, particulièrement intéressé par l'antiracisme et la pensée décoloniale.


