Vitrine de la MAMI. "Semaine du 13 au 19 à la MaMi" Vitrine de la MAMI. "Semaine du 13 au 19 à la MaMi"

À la Maison des Migrations de Rennes, « ici, tu ne sais rien, ce sont les autres qui savent ».

La Maison des Migrations (MAMI) ouvre à Rennes en 2021, fruit de la réflexion de plusieurs militants investis dans les questions d’entraide. Sa fonction : regroupes toutes les ressources disponibles pour accompagner les personnes en situation de migration.

Derrière une façade légèrement défraîchie, au pied d’une barre d’immeuble, il y a du mouvement. Derrière les baies vitrées d’un ancien dépôt-vente, aujourd’hui occupé pour une toute autre fonction, l’activité est bien présente. Le bric-à-brac a disparu de ce qui fut Trocadi (nom de l’ancienne enseigne) est désormais connu comme la Maison des migrations, un tiers-lieu qui entend regrouper toutes les ressources disponibles pour accompagner les personnes en situation de migration.
Fruit de la réflexion de plusieurs militants investis au sein de différentes organisations, dans les questions d’entraide, concernés ou non, l’idée de la MAMI (acronyme de la structure, ndlr) naît en 2021. Elle passe par une longue période d’expérimentation et d’itinérance avant de poser ses valises au cœur du quartier des
Champs-Manceaux, à quelques minutes du centre rennais.

FRA ELEVES DE STAV
Rennes, 16 avril 2026. À la rencontre de la maison des migrants, voisins comme personnes en situation de migration fréquentes les lieux. PHOTOS : Quentin Bonadé-Vernault pour Espaces.


Un (tiers-)lieu pour les regrouper tou·tes


Disposer d’un espace ressource constitue l’un des éléments fondamentaux de l’ADN de l’association : un lieu où les structures peuvent s’installer ensemble et offrir aux personnes qui en ont besoin un point d’accueil identifié.
Ainsi, près d’une douzaine d’associations dont huit colocataires et quatre partenaires , sans compter les initiatives individuelles, se regroupent ici. Entre les murs : ateliers vidéo, cours de langue, mise en lien avec des associations d’aide au logement, à la formation ou à l’insertion, mais aussi ateliers culinaires ou
culturels.
À la MAMI, on trouve un large éventail d’activités gratuites, mais surtout un lieu de mise en relation entre les associations et les personnes qui ont besoin d’accompagnement. Pour Elsa, membre fondatrice de la « maison », « ici, on peut bénéficier d’un véritable accompagnement. Au moins un tri qui permet de savoir à
qui s’adresser, quel jour, dans quelle association
». Celle qui a connu les aléas du parcours migratoire voit, dans la structure qu’elle a participé à fonder, une manière de pallier la perte de repères que peut entraîner le fait d’être migrant. Une situation qui, selon elle, peut donner l’impression d’être perdu, parfois de manière très palpable. « Ce projet, qui aujourd’hui devient une maison, est construit autour de ce besoin d’apporter une réponse concrète. »

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Rennes, 16 avril 2026. Elsa-Valentina, membre fondatrice de la MAMI. PHOTOS : Quentin Bonadé-Vernault pour Espaces.


Entre le grand nombre d’associations et les institutions, il est en effet parfois difficile de s’y retrouver pour les néophytes, qui ne connaissent pas forcément les rouages ni les subtilités du milieu. Moulouk (prénom d’emprunt), lui, est en voie de régularisation, et son constat est simple : « si tu ne sais pas où aller, tu viens ici, tu prends un café et tu rencontres des gens qui vont t’aider ».
L’homme, d’une quarantaine d’années, investi depuis plusieurs mois dans le projet, semble avoir trouvé sa place derrière les vitres de la MAMI. Si un projet de tournoi de football et le bouche-à-oreille l’ont conduit ici, c’est bien la démarche portée par le lieu qui l’a fait rester. « Ici, il y a beaucoup de nationalités différentes, ça fait du bien. Mais tu sais, il y en a beaucoup qui arrivent… dans leur tête, ça ne va pas. Et puis, une fois que tu as rencontré les gens, ça fait du bien… »
Créer du lien pour briser l’isolement, c’est aussi ce que tous viennent trouver, parfois le temps d’un café, autour d’une crêpe, voire en partageant un moment au hasard d’une activité. « Tout ça, ça aide à oublier. Quand tu es avec des amis ici, ça t’aide à oublier les mauvaises pensées ou les problèmes. »
Pour nos deux interlocuteur·rice·s, si cet espace donne l’impression d’être une maison, c’est principalement parce qu’on leur donne enfin une place. Car la MAMI repose sur un deuxième principe : celui d’accorder une place très importante aux personnes concernées.
De la mise en place d’ateliers jusqu’à la gestion de l’association, les personnes en situation de migration sont en effet présentes à tous les niveaux de l’organigramme. Une perspective directement ressentie par les personnes qui fréquentent le lieu et qui s’y reconnaissent. À ce sujet, Elsa voit une différence avec d’autres organisations du même secteur. Presque critique, elle commente : « On pourrait se dire que les personnes qui venaient nous voir étaient là pour résoudre des problèmes ! Mais non, elles étaient là pour les vivre avec nous. Nos problèmes, notre réalité ! »

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Rennes, 16 avril 2026. À la rencontre de la maison des migrants, voisins comme personnes en situation de migration fréquentent les lieux. PHOTOS : Quentin Bonadé-Vernault pour Espaces.

« Ici, tu ne sais rien, ce sont les autres qui savent. »


À la MAMI, on entend laisser la place aux personnes concernées, qui la prenne naturellement. Un enfant qui n’est pas le sien dans les bras, Nelly promeut elle aussi une manière de faire : « ici, tu ne sais rien, ce sont les autres qui savent ». Un mode de fonctionnement qui change pour cette ancienne infirmière à la retraite, qui a
évolué en milieu carcéral et qui a choisi de s’investir dans le milieu associatif une fois à la retraite. Elle avoue voir ses vieux réflexes être bousculés de manière positive.
Écouter et partir des besoins de celles et ceux qui passent le pas de la porte, c’est aussi, souvent, les laisser s’investir. À l’évocation de ce sujet, Elsa partage son sentiment : « Moi, tu vois, avant de venir, j’étais déjà une personne. Je suis cuisinière ! Et en arrivant en France, tu n’es plus personne. Pour moi, m’investir dans ce que devient la MAMI, c’est une façon d’exister. »

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Rennes, 16 avril 2026. À la rencontre de la maison des migrants, un atelier cyanotype dispensé par des élèves de l’ISA. PHOTOS : Quentin Bonadé-Vernault pour Espaces.


Si, pour cela, elle a choisi la cuisine, d’autres le font ailleurs et se forment parfois sur place. « On a une professeure de français qui vient nous aider à préparer nos cours de FLE (français langue étrangère, ndlr) », informe Gaëlle, qui fait partie des porteuses du projet. Une manière économe de répondre aux besoins des
personnes qui fréquentent la maison, qui fonctionne encore avec des moyens limités, tout en collant à son fonctionnement participatif.
Car, elle le concède, si la MAMI quitte progressivement sa phase expérimentale, la structure n’existe que depuis quelques mois et repose en partie sur des financements publics locaux, ainsi que sur des fonds de la Fondation FACE, qui vient en aide à des initiatives d’intérêt général, et sur des dons de particuliers.
Pourtant, bien que le milieu associatif reste en difficulté, elle demeure optimiste : « On compte développer des cours de mathématiques et d’arabe. On recrute aussi. » Si le contexte politique, de plus en plus marqué par des thèmes chers à l’extrême droite et hostiles aux personnes exilées, inquiète davantage, un tag raciste
appelant à la « remigration » ayant même déjà été découvert sur leur façade , la militante de longue date préfère garder le sourire : « À la fin, on le sait ! C’est nous qu’on a raison ! »
Même dans une ville politiquement marquée à gauche comme Rennes, venir en aide aux personnes en situation de migration charrie ici aussi son lot d’oppositions. Il n’en reste pas moins que se balader entre les murs et derrière les vitrines de la MAMI transmet indéniablement un sentiment de communauté et de solidarité.

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Rennes, 16 avril 2026. À la rencontre de la maison des migrants, Nelly fait la garderie pour que des mamans puissent prendre des cours de français. PHOTOS : Quentin Bonadé-Vernault pour Espaces.
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