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Entretien avec l’association LGBT+ du Douaisis : « On espère voir beaucoup de monde le 6 juin ! »

La toute nouvelle association LGBT+ du Douaisis appelle à une marche des fiertés le 6 juin prochain, dans un contexte de faible présence associative dans le territoire et de montée de l’extrême-droite. Entretien.

Le 6 juin prochain, la nouvelle association LGBT+ du Douaisis appelle à une marche des fiertés dans la cité Gayant. Fondée il y a seulement quelques mois, l’association s’est lancée ce défi d’organiser une pride là où il n’y en avait pas eu depuis plusieurs années, dans un territoire où le secteur associatif LGBT+ est très affaibli, voire carrément inexistant. Les personnes LGBT+, pourtant, existent bel et bien dans le Douasis et la nouvelle association espère bien pouvoir leur être à la fois un refuge et un lieu d’organisation concrète. Entretien avec Siméon, président de l’association, et Maddy, vice-présidente.

Espaces : Pouvez-vous revenir sur le contexte de l’organisation de cette marche. Est-ce une nouveauté à Douai ?

Siméon : « La précédente association LGBT du territoire a fermé. Elle s’occupait d’organiser les marche des fiertés, et la dernière date date de 2023. Aujourd’hui, elle a disparu. On a crée notre association pour prendre le relais. On s’est formé officiellement le 12 février, mais le temps de faire nos comptes sur les réseaux sociaux, d’avoir une présence officielle… ça doit être début mars. »

Espaces : Comment vous vous êtes dit « à peine l’asso créée, il faut qu’on organise une pride » ?

Siméon : « Le 8 mars nous assurait une présence militante. On a pu gagner en visibilité et avoir des contacts qui nous ont aidé pour l’organisation de la marche. »

Maddy : « C’est quelque chose qui nous a été beaucoup demandé durant différentes actions, le 8 mars et le rassemblement pour la paix le 28 mars. »

Espaces : Ça s’est décidé avant les municipales, où le risque d’une victoire de l’extrême-droite était fort. Comment vous vous êtes organisés avec cette échéance ?

Siméon : « L’extrême-droite était promise à un score très élevé dès le premier tour. On avait besoin d’une représentation LGBT+ à Douai, quoi qu’il arrive. »

Maddy : « Si l’extrême-droite avait remporté la mairie, on aurait organisé cette marche de toutes manières. Ç’aurait été beaucoup moins facile, mais on l’aurait fait. Là, on est dans un contexte où, même si l’extrême-droite n’a pas gagné la mairie, on est dans un contexte de montée de l’extrême-droite un peu partout, en France et dans le monde. Il faut qu’on soit là. On peut pas se taire, pas juste annuler nos évenements sous pression de l’extrême-droite. »

Espaces : D’autant qu’on voit que l’extrême-droite, même si on connait ses positions sur les questions LGBT+, essaie de faire de la récupération sur ces luttes. Récemment à Harnes où le RN a annoncé la création d’une association « Gays et Lesbiennes du bassin minier », qu’est-ce que vous pensez de ça ? Si cette association veut se joindre à la marche des fiertés, vous leur dites quoi ?

Siméon : « On ne pourra pas interdire leur présence mais on essaiera de ne pas trop les mettre en avant. S’ils demandent une prise de parole, on acceptera pas. Parce que l’extrême-droite qui tente de récupérer les luttes LGBT, c’est du lavage en rose. Ça ne peut pas être ça la marche des fiertés. Il y a tout un contexte politique. Ce n’est pas l’extrême-droite qui a donné des droits aux personnes LGBT, bien au contraire. »

Quel est le principal danger pour les personnes LGBT+ aujourd’hui ?

Maddy : « À titre personnel, le danger le plus visible, le plus proche, c’est l’extrême-droite au pouvoir qui va institutionnaliser des choses qui vont aller contre nos droits. Au parlement européen, ils n’ont pas voté pour l’interdiction des thérapies de conversion. Pour le mariage homosexuel, ils ont mis du temps à l’adopter, sous la pression populaire. On sait qu’ils reviendront dessus par la suite, même s’ils disent l’inverse. Ils disent qu’ils ne toucheront pas aux droits des personnes LGBT mais c’est faux, on a des exemples dans d’autres pays. En Hongrie ou aux Etats-Unis, où il y a énormément de reculs notamment depuis le début du second mandat de Trump. »

Siméon : « En Hongrie, on voit que les marches des fiertés sont interdites et Peter Magyar [le nouveau premier ministre hongrois, ndlr] ne s’est pas exprimé sur les droits LGBT à ma connaissance. C’est une copie conforme d’Orban, mais pro-Europe. Aux États-Unis, Donald Trump s’attaque particulièrement aux droits des personnes trans. En Israël, l’État se lave en rose et nous fait croire que les palestiniens sont LGBTphobes mais depuis l’élection du dernier gouvernement d’extrême-droite, les actes LGBTphobes se multiplient en Israël. C’est du lavage en rose qu’on doit combattre. »

Espaces : Où ça en est l’organisation de la marche, qu’est-ce qui est prévu ?

Siméon : « On aura un village associatif de prévu qui prendra place une heure avant la marche à 14 heures, ensuite ça sera la déambulation, une manifestation toute simple. À cause des contraintes budgétaires, on avait 54 euros pour imprimer des tracts et pas énormément de temps, il n’y aura pas plus. »

Maddy : « On a eu le soutien de plusieurs associations, notamment Nous Toutes, la Jeunesse Communiste du Douaisis qui nous ont beaucoup aidé pour le matériel et la publicité. »

Espaces : C’est quoi les projets de l’association en dehors des prides ?

Maddy : « Les prochaines années vont être rythmées par des rendez-vous tels que la pride mais y’a aussi d’autres rendez-vous qu’il ne faut pas rater, comme la journée du souvenir trans, le 20 novembre. On compte organiser un rassemblement ce jour-là, et sinon c’est au quotidien qu’on lutte. »

Siméon : « Si jamais il y a une personne trans, par exemple, qui a besoin d’aide pour son changement d’état civil au tribunal ou aller faire ses changements de prénoms en mairie, on espère pouvoir aider ses personnes. Si des gens sont victimes d’actes LGBTphobes, on sera là pour les soutenir. »

Espaces : Un mot de la fin ?

Siméon : « On espère voir beaucoup de gens le 6 juin !»

Maddy : « On va essayer de faire un effort sur l’accessibilité, même si c’est notre première et qu’il y aura des choses à améliorer, pour que la marche soit accessible, notamment pour les personnes handicapées. »

Rendez-vous le 6 juin, sur la place d’Armes de Douai, à 14 heures pour le village associatif et à 15 heures pour le départ de la marche. Pour suivre l’association sur Instagram, c’est ici.

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Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.