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DOUAI. Procès en appel d'Enedis. DOUAI. Procès en appel d'Enedis.
DOUAI. Procès en appel d'Enedis.

Douai : Un procès « pour l’honneur et la mémoire » de Daniel Delvoye, mort au travail à Ruminghem en 2019.

Le 18 août 2019, Daniel Delvoye, technicien Enedis de 48 ans, meurt écrasé par un poteau bois électrique alors qu’il était en intervention. Depuis, sa femme et la CGT tentent d’obtenir justice. Un procès en appel avait lieu à Douai ce mardi.

Le 18 août 2019, Daniel Delvoye, technicien Enedis de 48 ans, intervient en urgence à Ruminghem (Pas-de-Calais) à la suite de la chute d’un câble électrique sur un poteau bois. Il met ses chaussures de sécurité en vitesse et prévient sa compagne : « Ne t’inquiètes pas, je n’en aurai pas pour longtemps », puis s’en va.

Mais Daniel ne reviendra pas.

Ce soir-là, vers 19 heures, alors que celui-ci était en pleine intervention, le poteau craque, et Daniel tombe de son échelle, à plusieurs mètres du sol. Les pompiers, une fois rendus sur place, tenteront de prodiguer les premiers soins à Daniel, qui sera transporté au centre hospitalier de Lille. Sa mort sera déclarée dans la soirée. Dans la foulée, le parquet ouvre une enquête pour « homicide involontaire ». Une longue bataille s’annonce alors pour sa femme, Christelle, que celle-ci raconte dans un entretien filmé par nos confrères de Calais la Sociale.

Au coté de la CGT, Christelle se bat pour faire reconnaître la responsabilité d’Enedis dans la mort de son mari. Car si Arnaud Lépine, délégue syndical CGT Enedis Hauts-de-France, reconnaît que « des erreurs ont été faites par Daniel », il affirme que « tout ce qui s’est passé n’est pas de sa faute ». Il dénonce une absence de « maintenance préventive » : « le support sur lequel intervenait Daniel avait 44 ans alors que la durée de vie d’un support, c’est 30/35 ans et au bout de 20 ans, on est obligés de les contrôler, ça n’a jamais été fait ». Selon lui, c’est bien une négligeance en matière de prévention de la part d’Enedis qui est à l’origine de l’accident qui a coûté la vie à Daniel Delvoye.

DOUAI. Procès en appel d'Enedis.
DOUAI. Procès en appel d’Enedis. PHOTOS : Louise BIhan / Espaces.

Un premier procès aura lieu à Saint-Omer le 1er juillet 2025, qui aboutira à la relaxe de l’entreprise. Christelle Delvoye, veuve de Daniel, et la CGT Enedis décident de faire appel peu de temps après. Le nouveau procès a donc lieu devant la cour d’appel de Douai, ce 30 juin 2026. Pour Christelle, ce procès est l’occasion de « défendre l’honneur et la mémoire » de son mari.

Ce jour-là, elle est accompagnée de plusieurs dizaines de soutiens, des employés d’Enedis, des syndicalistes, et des élus locaux. À peine arrivés au tribunal, premier coup de théâtre : la salle prévue pour l’audience étant trop petite, « tout le monde ne pourra pas rentrer » nous indique, désolé, Me Lenoir, avocat des plaignants.

DOUAI. Procès en appel d'Enedis.
Des salariés d’Enedis étaient présents à l’audience pour soutenir Christelle et rendre honneur à leur collègue décédé. PHOTOS : Louise Bihan / Espaces.

Mais quelques minutes plus tard, une nouvelle intervention nous saisit de surprise : l’audience est déplacée dans une salle plus grande pour permettre l’accueil du public dans son entièreté.

Tout le long du procès, pendant plusieurs heures, une analyse méticuleuse des outils, des normes et des formations appliquées sera effectuée par la cour afin de comprendre avec précision les circonstances du drame survenu en août 2019. À la barre, pour Enedis, Thierry Pagès, ancien directeur régional de l’entreprise, ainsi qu’un cadre.

Daniel avait-il connaissance qu’il fallait sonder le sol avant d’intervenir sur le poteau ? Enedis a-t-elle mis en oeuvre des préventions suffisantes ? À l’évocation de cette dernière question, les salariés présents dans la salle éclatent de rire.

« Ce qui est certain, c’est que l’inspection du travail a conclu à des fautes », affirme le juge. « L’employeur n’avait pas mis à disposition les outils et l’équipement adapté. Daniel n’aurait pas du utiliser l’échelle ».

La question de la formation a également été évoquée : Daniel Delvoye a en effet suivi un peu plus de 200 heures de formation théorique et pratique. Mais concernant cette information, Arnaud Lépine a tenu à nous apporter une nuance : « On dit qu’on forme les gens, mais sur les 200 heures de formation, il n’y en a eu que 4 qui ont été dédiées à l’ascension d’un support, donc comment on met une échelle sur un poteau de bois ou de béton, comment on le vérifie, et ce avec minimum 8 stagiaires. Au bout du compte, sur les 4 heures, il y a très peu de choses ».

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Les salariés d’Enedis présents dans la salle d’audience. PHOTOS : Louise BIhan / Espaces

Le poteau sur lequel Daniel est intervenu aurait vraisemblablement dû être remplacé bien plus tôt. « Le poteau avait 44 ans, comment expliquer qu’il ait pu être utilisé aussi longtemps ? », se demande Me Lenoir.

Un poteau « pourri » selon Enedis. Terme qui sera évidemment repris par l’avocat des plaignants un peu plus tard. À la question posée par la cour sur le nom du constructeur du fameux poteau, un salarié y répond à voix haute sans y être convié, hilare : « Temu ! »

Enedis, de son côté, se défend de toute responsabilité dans la mort de M. Delvoye et tente de répondre aux questions concernant le non-remplacement du poteau en invoquant la complexité de l’échelle des responsabilités au sein de l’entreprise.

Un procès technique et long, signe de la complexité du dossier et de l’importance d’en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Comme s’il s’agissait de faire concrètement, en appel, le travail qui n’aurait pas été fait en première instance. Tout y était interrogé : les formations, l’échelle des responsabilités, et même jusqu’aux différentes formes de tournevis. Sujet qui aura beaucoup animé les débats et aura vraisemblablement exaspéré l’avocate générale.

Un moment important dans la quête de la vérité, où Enedis semblait clairement mis en difficulté, tant l’entreprise n’avait pas beaucoup de réponses à apporter aux questions du juge.

Et juste avant les plaidories des avocats, Christelle, jusqu’ici assise en silence sur un petit siège derrière les accusés, se leva et pris la parole : « Je suis là aujourd’hui parce que j’ai foi en la justice, et je suis là pour demander à ce qu’Enedis reconnaisse sa responsabilité. J’étais mariée, j’avais 2 enfants. Aujourd’hui, ils sont tous décédés. Il ne me reste qu’un petit-fils. »

Elle, qui parlait sans trembler, la voix calme, devait sûrement entendre les pleurs des salariés au premier rang qui accompagnaient sa quête de dignité.

« Son métier était une passion, il était méticuleux. Je veux juste savoir : pourquoi ? Pourquoi Daniel ? Il avait 46 ans, j’en avais 44, le même âge que le poteau. C’est un accident qui aurait pu être évité. Ce combat que je mène, c’est un combat pour les agents, pour tout le monde. Qu’on puisse dire : plus jamais ça. »

Au terme de ce long procès qui se finira tard dans la soirée, le parquet réclamera 40 000 euros d’amende et 12 mois de prison avec sursis à l’encontre de Thierry Pagès, le directeur régional d’Enedis de l’époque.

Le délibéré sera rendu le 22 septembre prochain, à 14 heures.

Photo de couverture : Christelle Delvoye et les agents Enedis devant la cour d’appel de Douai. – Louise Bihan / Espaces.

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Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.