C’est l’association Couleurs, structure pour la défense des droits LGBTI+ basée à Lens, qui le révèle sur son compte Instagram : l’association « Gays et Lesbiennes du Bassin Minier », fondée à Harnes par plusieurs élus locaux et députés du Rassemblement National le 13 mai dernier, a officialisé sa dissolution en silence le 17 juillet au Journal Officiel. Moins de 2 mois d’existence pour une association qui avait alors, selon le député du Pas-de-Calais Bruno Clavet, lui-même homosexuel, « comme mission l’accompagnement et le soutien juridique pour les jeunes expulsés de chez eux en collaboration avec les bailleurs et les municipalités ». Une annonce en grandes pompes faite à un moment propice pour le parti à la flamme : les dernières élections municipales ont vu 14 villes du Pas-de-Calais basculer entre les mains du Rassemblement National, dont la ville de Harnes, où l’association était domiciliée jusqu’à sa dissolution.
La création de cette organisation a été annoncée le 16 mai dernier lors d’un événement organisé par la ville de Harnes, dirigée par Anthony Gareneaux-Glinkowski, dans le cadre d’une semaine de lutte contre l’homophobie. Une manifestation qui n’était pas au goût de l’opposition comme des associations LGBTI+ du département qui s’étaient retrouvées devant le cinéma Jacques Prévert pour protester contre le ciné-débat, organisé en hâte après l’annulation d’un événement prévu par l’ancienne municipalité socialiste avec la présence de l’association lensoise Couleurs. Cette dernière a été purement et simplement évincée du nouvel événement organisé par la municipalité d’extrême-droite, sans qu’aucune raison ne leur soit donnée, selon Mickaël Billebault, président de Couleurs. « J’étais le plus surpris du monde de voir la dissolution de cette association, admet Mickaël. Ils n’ont même pas cherché à faire semblant. Ils ont été pris à leur propre piège, c’est un garde-fou. Ils ont créé une association, ont fait un grand pataquès [le 16 mai à Harnes, ndlr] avec la présence d’un député, du maire de Harnes, un sénateur… et 2 mois plus tard : plus rien. »
Les élus ayant pris part à la fondation de l’association n’ont, à notre connaissance, pas communiqué sur la fermeture de la structure, en plein milieu de l’été. « Ce ne sont simplement pas leurs valeurs, dénonce le président de Couleurs. Ils sont inclusifs seulement sur l’homonationalisme [concept sociologique décrivant l’instrumentalisation des droits des personnes LGBT par des mouvements nationalistes ou des États, afin de justifier des positions xénophobes, racistes ou impérialistes, ndlr]. Ils ne connaissent pas leurs sujets, ils n’en ont pas envie ».
Pour le militant lensois, ce revirement est le signe d’une mobilisation qui fonctionne : « Même si on est pas très nombreux, la mobilisation fonctionne. Il faut que tout le monde comprenne que les manifestations sont porteuses et peuvent permettre de changer les règles du jeu. Ils ont crée cette association 2/3 jours avant l’événement parce qu’ils avaient peur. C’est dur d’être militant, ça demande du courage ! ».

Du côté de l’association Couleurs, on ne reste pas dupe : « Ils vont continuer de mobiliser les hommes blancs cisgenres [une personne cisgenre est une personne qui se reconnaît dans son genre assigné à la naissance, ndlr] en jouant sur la peur de l’immigration. On est apartisans, mais on veut faire comprendre aux gens la réalité de ce pour quoi ils votent. Il faut qu’on marche ensemble, avec toutes les associations du secteur, on a besoin de se serrer les coudes. De notre côté, notre bar associatif fête bientôt sa première année d’existence. Notre association existe depuis 3 ans, cela montre que quand on travaille, on peut arriver à faire quelque chose. On veut développer encore plus d’actions. »
Couleurs, de son côté, devrait bientôt recruter son premier salarié pour se concentrer sur l’accueil des personnes LGBTI+ de l’agglomération lensoise.
Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.



