Contre le “permis de tuer” et en soutien à Zakariyya, victime de violences policières : 50 personnes à Évin-Malmaison ce dimanche.
Ce dimanche, 50 personnes ont défilé dans le centre villle d'Évin-Malmaison contre le "permis de tuer" et pour Zakariyya, victime de violences policières le 4 avril dernier.
C’est un événement bien inhabituel dans cette petite commune de 4600 habitants du Pas-de-Calais, habituellement calme. Les rues autour de la mairie se sont animées en ce dimanche après-midi fraichement ensoleillé au son des slogans appelant à la “justice” pour les victimes de violences policières.
Répondant à l’appel national de l’association Stop Aux Violences d’État, une manifestation a eu lieu ce dimanche dans les rues d’Évin-Malmaison pour demander le retrait de la loi sur la présomption de légitime défense dans le cadre de l’usage des armes, adoptée à l’Assemblée Nationale le 7 juillet dernier et pas encore ajouté à l’ordre du jour du Sénat, nommée “permis de tuer” par ses opposants. Organisée localement par le collectif antifasciste du bassin minier, cette manifestation avait également pour but de mettre en lumière le combat pour la vérité et la justice de la famille Seddaoui, à la suite des violences policières qu’a subi le jeune Zakariyya le 4 avril dernier dans la commune. Nous avons déjà raconté cette histoire dans nos colonnes.
“Mon fils est vivant, aujourd’hui, mais combien de familles n’ont pas eu cette chance ?“, témoigne Djellali, le père. “Le 4 avril, j’ai ouvert une porte, j’ai vu mon fils pratiquement mourir. Ce n’était pas un film ou un cauchemar, c’était sur le pas de la porte de sa mère“.

Des militantes lilloises se sont déplacées pour marcher au côté de Djellali et de Sofia, la mère de Zakariyya. Étaient également présent-es Nous Toutes, la CNT, et la France Insoumise. Une manifestation calme mais déterminée pour rappeler que “la police tue” et qu’elle pourrait tuer davantage, si la loi sur la présomption de légitime défense dans le cadre de l’usage des armes était définitivement adoptée. Nos collègues de Basta! documentent depuis plusieurs années ces meurtres, et leur constat est glaçant : “Rien qu’au cours des 5 premiers mois de 2026, on dénombre 22 décès. 49 personnes sont mortes en 2025 suite à une intervention des forces de l’ordre. C’était 66 en 2024. Depuis 2017, le nombre de personnes tuées lors d’une intervention policière a explosé“.
À plusieurs reprises, pendant la marche, les manifestant-es se sont arrêté-es pour lire des petits bouts d’histoires de victimes de violences policières dans le bassin minier. Des noms, parfois, des âges, le contexte de leur mort : rien qui ne suffit évidemment à raconter qui ils étaient, mais de quoi permettre à chacun-e de prendre conscience de la réalité du phénomène. Et de citer plusieurs noms comme celui de Lahoucine Aït Omghar, mort le 28 mars 2013 à Montigny-en-Gohelle à l’âge de 26 ans ; celui de Henri Lenfant, mort le 28 septembre 2018 à Fouquières-les-Lens à l’âge de 24 ans ; celui d’un adolescent mort le 22 août 2021 à Orchies à l’âge de 14 ans ; celui de Kamal Amhal, mort le 3 mars 2024 à Carvin à l’âge de 27 ans ; ou celui de Pascal Martel, mort le 31 juillet 2023 à Isbergues à l’âge de 66 ans.
“Si on laisse passer cette loi, demain, quand un père ouvrira sa porte et verra son enfant bleu sur le sol, il n’aura même plus le droit de crier“, dénonce Djellali.

La manifestation s’est terminée devant l’ancienne maison de la mère de Zakariyya, où la terrible scène du 4 avril a eu lieu. L’occasion, une fois de plus, de tenter de soigner ce traumatisme familial dans une colère publique, où personne ne doit ignorer ce qu’il se passe, et rappeler que le combat continue pour la vérité et la justice. Et les habitant-es aux alentours, peu habitué-es au mouvement de ce quartier normalement si calme, l’ont bien compris en descendant sur le bas de leur porte pour observer la manifestation : ce n’est pas le moment de se taire.
Ce week-end, partout en France, plus d’une centaine de manifestations ont eu lieu pour dénoncer le projet de loi instaurant la présomption de légitime usage des armes par les policiers, réunissant plus de 50 000 personnes, dont 21 000 à Paris, selon la préfecture.

Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.


