“La police coloniale n’a jamais disparu” : Un rassemblement en mémoire de 2 militants algériens assassinés à Douai en 1955.
Ce vendredi, une vingtaine de personnes se rassemblaient sur la place d'Armes de Douai pour rendre hommage à 2 militants algériens tués par la police en 1955.
Le dimanche 9 octobre 1955, en fin de matinée, environ 300 algériens défilent dans les rues de Douai à l’appel du Mouvement National Algérien (organisation indépendatiste algérienne fondée par Messali Hadj). La guerre d’Algérie débutait un an auparavant et seulement quelques mois plus tôt, en avril 1955, une loi instaurait l’état d’urgence dans certains territoires algériens, alors sous domination coloniale française, pour une durée de six mois.

Ce dimanche d’octobre, le drapeau vert et blanc de l’autodétermination algérienne flotte par centaines dans la cité de Gayant. L’historien Jean-René Genty, spécialiste de l’immigration algérienne dans la région Nord-Pas-de-Calais, dit de cette manifestation qu’il est “relativement malaisé d’établir avec précision les faits tels qu’ils se sont déroulés” tant la documentation officielle à ce propos est peu abondante. Mais il en rappelle l’essentiel : “Le dimanche 9 octobre 1955, à onze heures du matin, environ 300 Algériens, brandissant le drapeau vert et blanc du mouvement et des pancartes « d’inspiration nationaliste algérienne », se rassemblent place Carnot au centre de Douai. Le cortège emprunte au pas de course l’artère centrale, rue Saint-Jacques et rue de Bellain en lançant des slogans nationalistes réclamant la libération de Messali Hadj, l’indépendance de l’Algérie et la Constituante“.
Très rapidement, la police est informé de la manifestation et intervient dans le centre-ville. Après avoir tenté de disperser le groupe en essuyant quelques jets de briques (un inspecteur en sera particulièrement atteint) de la part des manifestants, les forces de l’ordre ouvrent le feu sur la foule : sept personnes seront atteintes par balles, et 2 militants décéderont à leur arrivée à l’hôpital. Ils s’appelaient Ali Chick et Bentadj Ben Bachir. Ils avaient respectivement 23 et 26 ans.
71 ans plus tard, l’événement – qui a précédé de 6 ans la tragédie du 17 octobre 1961 et ses dizaines de morts – reste peu accessible à la mémoire collective. Pour Siham, militante dans le Douaisis qui appelait à un rassemblement de commémoration ce vendredi 9 octobre à 18h30 sur la place d’Armes de Douai, le problème est plus global : “On a très peu connaissance, je pense, de tout ce qu’il s’est passé pendant la guerre d’Algérie dans le nord de la France. Beaucoup de personnes, y compris de la diaspora algérienne, ne sont pas forcément au courant qu’on a eu des faits similaires [au 17 octobre 1961] à Douai“. Elle dénonce un manque de documentation sur les manifestations de cette diaspora algérienne réprimée par la violence policière, nous empêchant de “savoir ce qu’il s’est réellement passé“.
L’intérêt pour elle de se rassembler, c’est de “faire appel aux mémoires collectives” mais aussi de tisser des liens avec le présent : “J’appelle à se rassembler également pour faire un parallèle avec ce qui est en train de se passer actuellement avec le permis de tuer adopté à l’Assemblée Nationale. La police coloniale de l’époque, c’est la même police qui réprime les mouvements sociaux aujourd’hui, comme on a pu le voir avec les lycéens, et qui continue de viser spécifiquement un public racialisé en France“.

La proposition de loi visant à “reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions”, surnommée “permis de tuer” par ses opposants, a été adoptée à l’assemblée nationale en juillet dernier et devrait bientôt être ajoutée à l’ordre du jour du Sénat. Une proposition de loi jugée dangereuse par un ensemble d’organisations qui avaient appelé à se mobiliser contre son adoption le 20 septembre dernier. Amnesty International la qualifie de “bien trop grave pour notre État de droit “.
Djellali, le père de Zakariyya, victime de violences policières à Évin-Malmaison le 4 avril dernier, était également présent pour dénoncer une “impunité quasi systémique” encore très actuelle : “une violence dirigée contre les populations racialisées, celles des quartiers, issues de l’immigration. De 1955 à Douai, de 1961 à Paris, jusqu’à Zakariyya en avril 2026 à Évin-Malmaison, la police coloniale n’a jamais disparue“.
L’ADAD (Amicale de la Diaspora Algérienne du Douaisis) a également pris la parole pour soutenir le rassemblement. Elle recevra le 10 novembre prochain Jean-René Genty à Douai.

Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.



