Depuis le 28 septembre, une mobilisation lycéenne partie de Créteil essaime dans tout le pays, de manière horizontale, avec le soutien des syndicats lycéens puis de quelques organisations professionnelles. Cette mobilisation s’intensifie, avec plus de 356 lycées en France bloqués hier (sur 3700 en France, soit près de 10%) Même si chaque établissement peut avoir ses spécificités, avec des demandes propres, la plupart des motifs de la contestation sont partagées par l’ensemble des lycéen-nes mobilisé-es : emplois du temps surchargés, la pression de Parcoursup qui rend plus difficile l’accès aux études supérieures (cet été 2026, plus de 126 000 lycéen-nes se sont retrouvé-es sans proposition), les enseignant-es non remplacé-es, la cantine trop chère… Et dans certains lycées, les élèves mobilisé-es dénoncent la vetusté de leurs établissements.
Une mobilisation qui s’intensifie et se déploie à une vitesse rare, et qui inquiète le gouvernement. Matignon a ainsi affirmé ce jeudi qu’elle avait “passé un cap” et qualifie désormais la colère de “violences urbaines”. Un glissement langagier sur le terrain de l’émeute pour tenter de reprendre la main sur un ras-le-bol légitime, tant les motifs de contestation sont nombreux. À ce langage répressif s’ajoute aussi la présence policière massive sur le terrain, et les arrestations qui vont avec : hier, 356 interpellations ont été effectuées sur le territoire en une seule journée. On compte près de 1065 arrestations depuis le début du mouvement. Des violences policières ont également été constatées, avec notamment le cas d’un jeune à Tours victime de ce qui ressemble à un tir de LBD en plein visage. Trois enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN. 85 élèves et 34 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés, selon le ministère. Du gaz lacrymogène a également été utilisé à plusieurs reprises contre des lycéen-nes mobilisé-es, comme à Lille. Des violences qui ont fait déborder la contestation qui s’est retournée à quelques reprises contre plusieurs établissements avec des dégradations et une prise à partie du personnel par certain-es manifestant-es.
En face, le gouvernement tente de sauver les meubles : la rhétorique change, le ministre de l’éducation nationale Édouard Geffray parle d’un “mouvement lycéen pris en otage par des groupuscules ultraviolents” et plusieurs responsables politiques accusent La France Insoumise de jouer la confrontation. Gérald Darmanin, le ministre de la justice, a réuni les procureurs généraux aujourd’hui et a émis une “consigne de fermeté absolue de la réponse pénale” à l’encontre des manifestant-es arrêté-es.
En quelques jours seulement, la colère a pris des proportions inattendues et pourrait bien s’étendre : plusieurs syndicats dans le secteur de l’éducation appellent localement à rejoindre les mobilisations, et plusieurs unions départementales syndicales (CGT, FSU, Solidaires) appellent également à soutenir les lycéen-nes.

À Douai, ce jeudi, des lycéen-nes de 3 établissements de la ville (Châtelet, Corot, et Lemonnier) se sont mobilisé-es dans le cadre d’un appel national lancé par les syndicats lycéens. Si les lycéen-nes mobilisé-es de Châtelet et Corot n’ont pas pu totalement bloquer l’établissement du fait de la présence policière, de nombreux élèves se sont joint aux manifestant-es. Les lycéen-nes de Châtelet ont ensuite pris la route vers Corot, faisant grossir un cortège improvisé et spontané de près de 300 personnes avant de prendre la route du lycée Lemonnier. Dès potron-minet, la police a effectué plusieurs lancers de gaz lacrymogènes contre les lycéen-nes mobilisé-es duu lycée Lemonnier, qui ont répondu par un feu de poubelle. Quand le cortège est arrivé vers ce lycée, sur les coups de 9h30, pour rejoindre leurs camarades présent-es aux alentours, la place sentait encore le gaz. La police a fait dégager la place, et les lycéen-nes se sont ensuite retrouvé-es place de Gaulle pour partir en manifestation. La veille, une assemblée générale avait appelé à cette manifestation sur les réseaux sociaux. Plusieurs élus de la majorité municipale se sont joint un moment à la mobilisation, dont le maire Frédéric Chéreau, mais aussi l’adjointe aux affaires culturelles Auriane Delbarre et l’adjoint aux animations commerciales sur l’espace public et à la mobilité François Guiffard.

Près de 400 lycéen-nes ont déambulé de manière désordonnée et joyeuse dans le centre-ville de Douai. De parole de militant-es aguerri-es, cela faisait longtemps que Douai n’avait pas connu une telle mobilisation. Mais en dépassant la gare, des confrontations ont eu lieu entre manifestant-es et policiers qui ont tenté de disperser la foule en lançant de nombreux palets de gaz lacrymogène. En face, il n’y avait que quelques rares lancers de cailloux ou canettes qui n’ont pas atteint leur cible.

Au bout d’une trentaine de minutes, les lycéen-nes ont repris la route vers le lycée Châtelet avant de se disperser dans le calme. Plus tard dans l’après-midi, une assemblée générale appelait à reconduire le mouvement. Rendez-vous est donné à nouveau dès 7h30 devant le lycée Châtelet.
Le lycée Rimbaud, à Sin-le-Noble, était également bloqué ce jeudi par plusieurs centaines de lycéen-nes. Les élèves ont voulu reconduire la mobilisation mais ont appris dans la soirée que leur établissement fera partie, ce vendredi, des plus de 400 établissements qui seront fermés partout en France pour prévenir la suite du mouvement.
À Lille, le lycée Baggio a de nouveau été bloqué. Le quartier a été le théâtre de plusieurs interpellations musclées, jusque dans le métro, tandis que les gazs lacrymogènes enfumaient les alentours. Les élèves du lycée Pasteur ont également fait face à la police.
L’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne ont appelé ce mercredi à une “grande manifestation nationale” le 6 octobre pour poursuivre le mouvement.

Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.

![Blocages des lycées, le 29 septembre approche, lutte contre le méga-canal… L’actualité des luttes en live ! [#INFOLUTTES2]](https://espaces.media/wp-content/uploads/2026/09/INFOLUTTES2-150x150.png)

