P1099133 P1099133

Lille : Le 13 avril, près de 60 mineurs isolés risquent de retourner à la rue.

Dans la métropole lilloise, les paroisses pansent à nouveau les plaies d’un travail d’État non effectué concernant la prise en charge des mineurs exilés en recours. Mais le 13 avril, cette prise en charge s’arrête et les jeunes risquent de retourner à la rue.

Un « éternel recommencement« , c’est le sentiment partagé par tous ce vendredi 27 mars au matin : jeunes, paroisiennes, référentes d’Utopia 56… Ce matin, on partage un café et quelques viennoiseries dans un local de la paroisse de Villeneuve-d’Ascq. Une représentation du Christ orne un des murs blancs. Sur un autre, le message « … » rappelle la solidarité au cœur de toutes celles et ceux qui s’engagent au quotidien en faveur des plus démunis. Parmi eux, une dizaine de mineurs non accompagnés, hébergés pour l’hiver dans la salle de réunion. Aziz et Amadou en font partis. Tous deux d’origine guinéenne, ils sont arrivés dans le nord de la France en janvier 2026 et, comme la plupart des jeunes exilés qui arrivent dans le Nord, n’ont pas été reconnus mineurs par le département. Ils ont entamés un recours auprès de la justice et attendent une réponse. En attendant, ils ne sont reconnus ni mineurs ni reconnus majeurs, et sont ainsi livrés à eux-même, sans aucune autre aide que celle, bénévole, d’associations et de citoyens solidaires. Marie, coordinatrice à Utopia 56 Lille, le rappelle : « 80% des jeunes sont reconnus mineurs à la suite de leur procédure« . Depuis leur arrivée, les deux guinéens ont rejoint le collectif des mineurs isolés en lutte de Lille pour faire valoir leurs droits.

Aziz et Amadou, hébergés à la paroisse de Villeneuve d’Ascq, insistent sur les obstacles à la reconnaissance de minorité par le département du Nord. « On nous a demandé des documents pour justifier notre âge, certains en arrivant avaient leur passeport, leur acte de naissance mais ça a été refusé« , déplore Aziz. Amadou abonde. « Quand tu passes ton évaluation, on te demande comment tu vivais au pays, comment t’es arrivé ici etc. On m’a demandé si je suis allé à l’école, j’y suis allé 6 ans. On a imprimé mes documents mais le département n’en a pas tenu compte, malgré mon acte de naissance et le jugement supplétif venant du pays« .

Plus généralement, Aziz dénonce un manque de considération de la part du département : « Ce que tu dis, il ne te comprend pas. Quand j’avais fait l’évaluation, le monsieur m’a dit que c’était préparé, il criait sur moi« .

« Soit c’est pas cohérent, soit c’est trop clair« , complète Laura, coordinatrice d’Utopia 56 à Lille. Et au final, le résultat reste le même : ils ne bénéficient d’aucune prise en charge. Les associations, et citoyens solidaires, font le travail de l’État.

P1099270
La salle paroissiale de Villeneuve d’Ascq où une dizaine de jeunes sont hébergés.

« Nous avons une convention avec les paroisses jusqu’au 15 avril prochain. On a interpellé à fond sur la fin des hébergements en paroisse » précise Laura. Ces jeunes risquent de se retrouver à la rue à la fin de l’hébergement par les différentes paroisses solidaires, qui ont pris en charge cette aide pendant l’hiver, alors que les températures étaient très basses dehors. Ces dernières années, il a fallu multiplier les mobilisations pour espérer un hébergement des jeunes. Si certaines ont abouti à des victoires, les hébergements obtenus ne sont pas pérennes. « Des jeunes hébergés par les institutions ont été reconnus mineurs mais les places obtenues n’ont pas été réatribuées« . Alors, à chaque arrivée de nouveaux jeunes, la lutte recommence. « Il y a déjà des jeunes qui dorment en tente sur la plaine des Vachers, à Bois Blancs, alors que l’hébergement en paroisse n’est pas terminé« , souffle Laura.

Action du collectif des mineurs isolés en lutte le 9 février 2026. / PHOTOS : LOUISE BIHAN.

Nous avons raconté ces histoires dans deux documentaires en accès libre sur Youtube, « Les Enfants de la Plaine« , et « Le droit à une vie meilleure« , qui raconte la solidarité des bénévoles et la lutte des jeunes pour le droit à l’hébergement.

« Le fait que l’hébergement en paroisse s’arrête le 13 avril, ça a été prévu dès le départ« , pointe Marie, bénévole à l’accueil de la paroisse de Villeneuve d’Ascq qui héberge 10 jeunes depuis le 17 novembre 2025. « On avait borné cet accueil à un certain nombre de semaines et le 13 avril, l’accueil se termine. Les 5 paroisses accueillantes [Villeneuve d’Ascq, Lomme, Lambersart, Lille Sud, Faubourg de Béthune, ndlr], on se solidarise sur cette date-là pour que ça fasse poids et que ça puisse être visible par les institutions. On demande un relai pour que ce soit quelque chose de plus structuré et de plus pérenne« .

Car la solidarité et l’humanité de ces bénévoles ne remplacent pas totalement les moyens de l’État, d’autant que les conditions d’accueil en paroisse sont très sommaires. « Les locaux paroissiaux où les jeunes sont accueillis sont au départ des salles de réunion« , précise la bénévole paroissiale. « Il y a une vraie limite ici, ce sont les locaux. Ils sont installés de façon très sommaire, destinés à des activités de paroisse. Il n’y a pas de douche, ce n’est pas hyper confortable. Ce n’est pas adapté à la vie continue pendant plusieurs mois pour 10 personnes. Mais avec ce qu’on a, on a essayé d’organiser l’accueil le plus chalereux qui soit. »

Et sans prise en charge institutionnelle, des dizaines de jeunes mineurs isolés, en recours pour faire valoir leur minorité auprès du juge des enfants, risquent de retourner à la rue. Et une situation comme celle que Lille a connu en 2023/2024 avec un camp important de jeunes exilés sur le parc des Bois-Blancs est malheureusement à prévoir.

Pour réagir à l’article, rendez-vous sur le forum.

NLVUcyU0 400x400
Site Web |  Plus de publications

Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream en amatrice sur Twitch, Youtube, Owncast. Animatrice radio instable mais motivée.