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Journal de Sarah EmadPalestine / Liban

Comment un État accusé de génocide peut-il prétendre instaurer la paix ?

Nouvelle chronique de Sarah Emad, notre correspondante à Gaza : Alors que la guerre au Liban s'intensifie, les appels aux pourparlers de paix semblent de plus en plus creux, tant le quotidien sur le...

sarah
Sarah Emad
16 avril 2026 Updated on 8 mai 2026 3 Min Read

Dans les discours officiels, le mot « paix » revient avec insistance. Il est invoqué comme un objectif stratégique, une finalité morale, une nécessité internationale. Pourtant, sur le terrain, une autre réalité s’impose brutale, répétitive, impossible à ignorer. Une réalité où ceux qui parlent de paix sont aussi ceux dont les actions sèment la destruction.

La question n’est donc plus seulement politique. Elle est éthique, presque existentielle : Comment un acteur impliqué dans des violences massives contre des civils peut-il se présenter comme garant de la paix ?

Cessez-le-feu ou non, les journalistes de Gaza continuent d’être pris pour cible.

À chaque fois, on tend à qualifier ces incidents d’erreurs ou de coïncidences isolées. Pourtant, la répétition de ces attaques, y compris durant des périodes présentées comme des trêves ou des cessez-le-feu, soulève des interrogations plus profondes qu’il devient difficile d’écarter. Elle révèle l’absence persistante d’un véritable moment de sécurité pour les journalistes à Gaza sans phase claire d’après-guerre et sans garantie d’une amélioration des conditions dans le temps.

En droit international humanitaire, les journalistes sont considérés comme des civils et doivent être protégés en tant que tels. Leur mise à mort soulève donc des questions sérieuses en matière de responsabilité, d’application du droit et de défaillance des mécanismes de protection. Toutefois, ces cadres juridiques, aussi essentiels soient-ils, restent insuffisants face à la perte irréversible de collègues comme Muhammad et Anas, parmi d’autres tués au cours de cette guerre marquée par des accusations persistantes de génocide.

Parmi les journalistes tués récemment figure notamment Muhammad Washah, tué le 8 avril 2026, alors qu’il couvrait les événements sur le terrain. Son nom s’ajoute à une liste déjà longue de journalistes tués depuis le début de la guerre. Ce bilan atteint désormais 262 journalistes tués depuis octobre 2023, le plus récent étant Muhammad, dans un contexte où les violations signalées se poursuivent malgré les cessez-le-feu annoncés.

À chaque journaliste tué, ce ne sont pas seulement des vies qui disparaissent, mais aussi des sources directes d’information et des témoins du terrain. Leur absence réduit la capacité de documenter et de comprendre ce qui se passe à Gaza.

Pourquoi Gaza et le Liban en paient-ils le prix ?

La question se pose désormais de savoir si le Liban pourrait connaître une dynamique similaire à celle observée à Gaza, au vu de la continuité des frappes.

Depuis le début de l’escalade régionale, plus de 2 020 personnes ont été tuées au Liban, dont plus de 120 enfants, selon le ministère libanais de la Santé et les services de secours. Ces attaques ont également entraîné des destructions importantes et des déplacements répétés dans plusieurs zones, notamment dans le sud du pays et certaines localités de la banlieue de Beyrouth. Dans le même temps, à Gaza, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, les violations signalées sur le terrain se poursuivent. Selon des données disponibles, 736 personnes ont été tuées depuis le début de cette trêve, en raison de violations et de frappes continues sur le terrain.

Sur le terrain, les chiffres se traduisent par une réalité plus directe. À Gaza, les habitants décrivent une situation qui reste instable malgré les annonces de cessez-le-feu.

Ibrahim, 38 ans, déplacé de Rafah et vivant aujourd’hui sous une tente dans la zone d’al-Mawasi à Khan Younès, tient un petit kiosque où il vend quelques produits de base. « Le cessez-le-feu ne signifie rien pour nous. Chaque jour, il y a des morts. Cette trêve, on a l’impression qu’elle ne change rien, qu’elle existe seulement sur le papier », dit-il.

Ce témoignage illustre un décalage persistant entre les annonces politiques et la réalité sur le terrain. À Gaza, comme dans le sud du Liban, les dynamiques de violence ne semblent pas suspendues par les déclarations de cessez-le-feu.

À Gaza comme au Liban, les civils continuent de subir les effets directs d’une escalade qui dépasse les frontières annoncées du conflit. Les journalistes, eux, paient également un prix élevé, dans un contexte où documenter les événements reste une activité exposée et incertaine.

Dès lors, la question initiale demeure entière : comment un acteur accusé de violations graves du droit international peut-il être présenté comme un vecteur de stabilité ou de paix ?

IMG
PHOTOS : Sarah Emad.

Important : Sarah Emad vit toujours dans la bande de Gaza, sujette aux bombardements quotidiens et à la précarité extrême. Si vous le pouvez, n’hésitez pas à lui faire des dons sur la cagnotte de sa famille. Merci.

sarah
Sarah Emad
+ postsBio ⮌

Sarah Emad est une voix journalistique émergente de Gaza. Journaliste et rédactrice indépendante, elle transmet la réalité sous le siège avec un style sincère et percutant, portant des messages d’humanité et de vérité au monde malgré les ruines et les frontières.

📩 Contact : saraemadza@gmail.com

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