Ce fut une année pleine de martyrs !
L’année se termine, et avec elle, les jours passent vite, comme un rêve… mais à Gaza, cet adieu n’a rien d’habituel. On dit que la guerre s’est terminée le 11 octobre [après l’annonce du cessez-le-feu, ndlr], mais ici, la réalité est différente. La guerre n’a pas pris fin, elle est simplement devenue silencieuse. Les nouvelles se sont arrêtées, les gros titres se sont tus, et on en parle peu… alors que la douleur, la peur et la perte sont des sensations qui restent présentes à chaque instant de nos vies. Cette année a été pleine de martyrs.
« Sarah, quelle est la situation maintenant à Gaza ? »
Les gens me posent cette question sans cesse après le cessez-le-feu et la douloureuse vérité : c’est que rien n’a changé. Si quelque chose s’est éclairci, c’est l’ampleur de la dévastation.
Plus de 90 % des maisons à Gaza ont été détruites. Des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des tentes incapables de résister au froid ou à la pluie. J’ai personnellement perdu ma maison et je vis maintenant dans un endroit qui ne peut nous faire subvenir aux besoins les plus fondamentaux de la vie. Des munitions non explosées restent enfouies sous les décombres, constituant un danger quotidien. Les habitants ne se sentent pas en sécurité. La peur persiste, même sans le bruit des bombes. Un cessez-le-feu ne signifie pas que Gaza va bien. Il révèle seulement l’ampleur d’un désastre qui continue de se dérouler, un désastre dont l’impact se fera sentir pendant des années, peut-être toute une vie.
L’hiver à Gaza : quand le froid devient une autre guerre
Encore plus de pluie, encore plus de misère, de désespoir et de morts à Gaza. L’hiver est venu alourdir une souffrance qui dure depuis plus de deux ans dans la bande. Les tempêtes, les vents violents et les pluies incessantes ne laissent aucun répit à des familles déjà épuisées. « Je vous jure que la tente s’est effondrée à cause des vents violents » dit Ahmed, 42 ans, ancien ouvrier du bâtiment, « Je ne sais pas où nous pouvons nous asseoir, je ne sais pas où aller. Tout ce que je sais, c’est que nous cherchons désespérément à nous réchauffer, en vain. Le froid est devenu une autre forme de guerre. »
Et ajoute : « Les tentes et les bâches ne sont pas des maisons. Elles ne nous protègent pas. Ni du froid, ni de la pluie, ni de la peur. Ce dont nous avons besoin, ce sont des caravanes, des abris dignes, capables de résister à l’hiver et de préserver un minimum d’humanité. »
Survivre comme accomplissement !
Bravo pour avoir survécu 24 ans, 3 mois, 4 jours, 22 heures, 25 minutes et 18 secondes.
Ce n’est pas une célébration. C’est une vérité qui frappe en plein visage.
À Gaza, vivre n’est plus un droit, ni même un espoir.
Vivre est devenu un accident. Un sursis accordé sans raison, sans garantie, sans lendemain.
Je ne célèbre pas mon âge. Je le compte comme on compte les morts, comme on vérifie chaque matin que son nom n’a pas été ajouté à la liste.
Survivre ici ne signifie pas vivre pleinement.
Cela signifie avoir échappé, pour l’instant, à une mort annoncée.
Cela signifie continuer à exister dans un espace où même le futur a été bombardé.
Si rester en vie est mon plus grand accomplissement cette année, c’est parce que tout le reste nous a été arraché.
