Ce vendredi, rendez-vous était donné aux aurores pour une nouvelle journée de mobilisation lycéenne au lycée Rimbaud de Sin-le-Noble (Nord). Après un premier blocage réussi la semaine dernière, l’établissement avait connu une fermeture adminstrative pendant quelques jours. avant de réouvrir en début de semaine pour un temps de concertation. Cette journée d’échanges a été appelée manu militari par le gouvernement mardi en fin d’après-midi pour tenter de calmer la colère lycéenne. Les lycéens mobilisés ont donc décidé de laisser le bénéfice du doute à leur établissement en ne reprenant pas leurs blocages le temps de cette concertation. Une porte semi-ouverte aussitôt refermée. “Notre délégué de classe n’a même pas pu prendre la parole“, déplore Lily-Rose, élève en terminale au lycée Rimbaud qui participe au mouvement. “On ne s’est pas sentis écoutés, c’était du foutage de gueule“.
Alors, ce vendredi matin, le blocage devenait, pour un temps, à nouveau le seul espace d’expression possible. À 8h30, quelques dizaines de lycéens ont commencé à se rassembler devant les grilles du lycée, protégées par plusieurs membres du personnel de l’établissement pour empêcher leur fermeture totale. Une heure auparavant, un agent faisait le tour du bâtiment pour éloigner de la vue des élèves toutes les poubelles sur le chemin qui auraient pu servir à bloquer le lycée. Mais les jeunes sont inventifs : les poubelles ont donc été remplacées par des caddies auparavant rangés sur le parking du Auchan voisin, et quelques barrières de travaux.
Placés à un mètre de l’entrée de l’établissement avec leurs pancartes, les jeunes présents appelaient les élèves qui arrivaient des bus à les rejoindre, et à ne pas entrer dans le lycée.

Si quelques élèves ont pu rentrer sur toute la matinée (nous en avons compté une petite centaine sur les 1100 que comptent l’établissement), plusieurs d’entre eux sont restés devant le lycée à écouter de la musique, à chanter des slogans comme “Macron démission” et à faire des battles d’aura, ces duels à la mode chez les jeunes générations, applaudis en groupe, qui sont peut-être un des marqueurs de cette mobilisation qui dure depuis 2 semaines partout en France. Mais derrière ce moment politique en apparence très convivial, les revendications demeurent : “Nos revendications sont celles qu’on entend à l’échelle nationale. On est là en soutien de lycées plus précaires, avec des conditions d’études déplorables, mais chez nous aussi, mais nous avons des difficultés“, rappelle Lily-Rose. “En hiver, nous n’avons pas de chauffage, il y en a qui attrapent des rhumes en étant en classe. On est en manque de professeurs, qui sont sous-payés. Il y a des élèves qui ont des trous dans leurs emplois du temps, car il n’y a pas de professeurs. L’année dernière, une professeure de français n’a pas été remplacé, une classe n’a pas pu faire son programme pour le bac“.
En face, les membres du personnel présents pour empêcher le blocage total se montrent très distants. Le proviseur adjoint Frédéric Duval (également élu “divers droite” à Cuincy et proche du Rassemblement National) était présent devant le lycée pour prendre les différents élèves bloqueurs en photo avec son téléphone.
L’ambiance bon enfant de l’action lycéenne n’aura pas empêché l’intervention de la police nationale vers 9h40. Une vingtaine de policiers, casques sur la tête, boucliers en main, matraque et gazeuse à la ceinture, sont intervenus pour défaire le blocage, ajoutant de la tension à un moment pourtant calme. Les policiers sont restés une trentaine de minutes, le temps que certains élèves présents commencent à rebrousser chemin, puis sont partis. En bas des marches qui mènent vers l’entrée du lycée, certains se saluent d’une étreinte amicale entre eux, comme pour signifier qu’ils avaient, en empêchant des enfants d’exercer leur droit de manifester, trouvé là ce qu’ils avaient pu chercher en intégrant les forces de l’ordre.
Lily-Rose, elle, fait part de sa colère : “Je comprends que la police doit être là pour la sécurité, mais on nous enlève le droit de manifester !”, dénonce-t-elle. “Autant de policiers pour si peu d’élèves et quelques pétards, je trouve ça bizarre. Je trouve que notre blocus est super pacifiste, et on nous envoie tout ça ? Ils sont la source principale de notre insécurité, de nos blessures. De voir qu’on nous envoie tout ça parce qu’on manifeste, ça prouve vraiment qu’il y a un soucis dans la société. Il y a quelques jours, un jeune a perdu un bras à Lens [à la suite d’une intervention policière, un élève a eu la main arrachée par une grenade assourdissante, ndlr], une s’est faite étrangler. Je trouve ça fou, on doit continuer à manifester pour que ça change, ce n’est pas normal“.


Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.



