Ce samedi, c’était “l’acte II” de la mobilisation contre la vie chère à l’appel d’une nouvelle coordination des Gilets Jaunes, née sur les réseaux sociaux mais consolidée dans la rue du fait d’un important mouvement lycéen ayant cours depuis le début de la rentrée scolaire.
Alors qu’un appel non-déclaré a circulé sur les réseaux sociaux, la sous-préfecture a décidé d’imposer son propre parcours … fortement encadré par la police. De nombreux jeunes, des syndicalistes, mais aussi des vieux, ont manifesté leur colère sous la pluie fine. Personne ne connaissait le parcours et renseignements territoriaux comme policiers présents sur place, personne ne semblait vouloir nous dire où est-ce que le cortège était disposé à aller.
Une banderole “Des outre-mer aux quartiers populaires : non aux couvre-feux autoritaires” ouvrait la marche, alors qu’un couvre-feu pour les mineurs du quartier Gayant est en vigueur depuis une semaine.

Les slogans de cet après-midi grisâtre étaient très clairs entre appels à lutter contre le Rassemblement National et appels à l’union de toutes et tous dans la rue contre les politiques capitalistes du gouvernement (“Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, de cette société-là, on en veut pas !“).

De nombreux agents de la police nationale, notamment de la BST, et plusieurs agents des renseignements territoriaux, surveillaient étroitement la manifestation. Dans le cortège, un bruit court : des policiers prendraient régulièrement en photo les manifestants présents. Tout cela rajoute au climat de tension qui pré-existait à l’incertitude de cette journée dans le Douaisis et au-delà : l’appel ayant circulé sur les réseaux sociaux, personne ne semblait vraiment savoir le but de cet après-midi. Au lieu d’interdire, la sous-préfecture a préféré négocier un parcours avec la mairie pour permettre à la mobilisation d’avoir lieu. Pour les manifestants, c’est déjà quelque peu une victoire en soi.

Et un fait assez rare dans une ville comme Douai, où les jeunes semblent venir déranger les vieilles habitudes. Mais les vieux habitués, eux, se retrouvaient malgré tout dans le cortège : syndicalistes, retraités, lycéens… Toutes et tous en colère et visibles contre un système qui n’offre aucun avenir si ce n’est un avenir précaire et chaotique, en proie aux petits jeux guerriers des puissants de ce monde. Partout en France, la rue résonnait d’une même voix, d’une même dynamique : entre 410 000 et 800 000 personnes ont défilé dans le pays contre la vie chère, les violences policières, et le déni démocratique. Le 17 octobre, le ministère de l’intérieur en recensait 550 000. Les organisateurs, eux, témoignent du même chiffre sur deux semaines de mobilisation. Avec une différence claire : cette semaine a été marquée par les interdictions de manifester, les couvre-feux, les menaces gouvernementales et autres annonces répressives à tire-larigot. À Douai, la mobilisation était certes moins importante que la semaine passée, mais celle-ci s’inscrivait dans une dynamique particulière : la ville est animée depuis plusieurs semaines d’un mouvement populaire d’une rare intensité pour cette sous-préfecture de 40 000 habitants. C’est sur le temps long qu’on peut mieux comprendre et analyser la dynamique de cette mobilisation.

Arrivé sur la rue d’Esquerchin, le cortège a fait face à un important dispositif policier l’empêchant d’accéder à la place d’Armes en passant par la rue des Vierges. La présence du local du député RN Thierry Tesson, sans doute. Les manifestants redouaient la place Saint-Amé car les axes qui l’entourent sont faits de simples ruelles : un cul-de-sac, donc. Arrivés à destination, les manifestants ont pris la parole pour appeler à continuer le combat et à construire la grève pour le 5 novembre prochain, appel intersyndicale prévu dans toute la France. Les militants ont également fait une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat raciste survenu la veille à Trappes. Un rassemblement est organisé lundi soir à 18 heures, place d’Armes. Tout le monde a pu ensuite quitter la place dans le calme. Seuls quelques contrôles d’identité ont pu être constatés.


Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.



