Le théâtre d’Hénin-Beaumont programme le “porte-voix” des nostalgiques de l’Algérie Française.
Le théâtre de l'Escapade accueille en décembre prochain Jean-Pax Méfret, chanteur anticommuniste et nationaliste, mais aussi ancien agent de liaison au sein de l'OAS...
Pour l’instant assez discrète, la plaquette de présentation de la nouvelle saison culturelle au théâtre de l’Escapade, à Hénin-Beaumont, a été publiée cette semaine. Au programme : un festival de l’humour, quelques spectacles classiques, et l’habituel Hénin Rock Festival. Mais parmi tous les artistes programmés, l’un d’eux a attiré notre attention : le théâtre, depuis deux ans sous régie directe de la mairie d’Hénin-Beaumont, accueillera en son sein, en décembre prochain, Jean-Pax Méfret. Méfret est un auteur-compositeur-interprète assez confidentiel, également journaliste pour plusieurs canards d’extrême-droite comme Minute dans les années 70. Mais il est surtout un ancien agent de liaison au sein de l’Organisation de l’Armée Secrète, organisation terroriste contre l’indépendance de l’Algérie, alors sous domination coloniale française. L’OAS fût responsable en 2 ans de près de 2000 assassinats, principalement de ressortissants algériens.

Il y a deux ans, Hénin-Beaumont, ville emblématique de l’extrême-droite au pouvoir dans le Pas- de-Calais, attirait le feu des projecteurs sur son centre culturel. Steeve Briois, le maire de la ville, avait alors décidé d’expulser brutalement l’association qui gérait le lieu depuis 1991, prétextant vouloir « rendre la culture à ses habitants ». Depuis, la programmation du lieu a drastiquement changée : alors que la création locale et subventionnée rythmait l’agenda de ses résidences et de ses premières, la nouvelle direction donne désormais la part belle aux tributes, aux stand-ups et aux comédies de Boulevard. Jean-Pax Méfret est présenté par le théâtre, dans sa plaquette d’ouverture de saison, comme un « auteur, compositeur, interprète, grand reporter » aux textes « denses et habités », qui rendent « hommage à ceux qui ont servi la France souvent loin de chez eux ».
Celles et ceux qui connaissent ce particulier patronyme saisiront l’euphémisme : il s’avère que Jean-Pax Méfret est un des porte-voix les plus appréciés des nostalgiques de l’Algérie Française. Jean-Pax Méfret (également connu sous le pseudonyme de Jean-Noël Michelet) naît à Alger en 1944 et assiste, très jeune, aux préludes de la guerre d’Algérie. Avant de devenir journaliste et chanteur, celui-ci devient, très jeune, un militant en faveur de la présence française en Algérie. À la fin des années 50, il rejoint le Front Algérie Française (FAF), qui milite contre l’autodétermination algérienne, et participe aux journées insurrectionnelles de fin janvier 1960, dite « semaine des barricades », à Alger. Il participera également à la tentative de coup d’État des généraux putschistes, dès le 21 avril 1961, puis sera arrêté et emprisonné quelques semaines avant d’être libéré. Devenu agent de liaison au sein de l’OAS, il sera une nouvelle fois arrêté le 13 février 1962, passera quelques mois en prison avant d’être assigné à résidence. C’est par la suite qu’il entamera une carrière de journaliste, notamment au sein de la rédaction de « Minute », hebdomadaire d’extrême-droite, où il restera 4 ans. En parallèle de sa carrière à « L’Aurore » (également hostile à la décolonisation), il débute dès 1962 une timide carrière comme auteur-compositeur-interprète. Il a également travaillé au « Figaro Magazine » sur plusieurs terrains de guerre ou, plus récemment, pour « Valeurs Actuelles ».
La parole des pieds-noirs nostalgiques
Avec des chansons comme L’Hymne des Pieds-Noirs, Le Chanteur de l’Occident ou Camp 36, l’artiste s’impose rapidement comme une figure de la chanson nationaliste et anticommuniste française. « Pendant ma thèse, j’ai noté que beaucoup d’anciens de l’Algérie Française, se retrouvaient lors de ses concerts, à l’Olympia et au Zénith », confirme Paul-Max Morin, auteur d’une thèse sur la mémoire de la guerre d’Algérie dans la socialisation politique des jeunes Français. « Dans cette communauté, c’est quelqu’un qui les réunit, qui leur donne une spécificité culturelle. C’est leur Sardou à eux, c’est leur pilier culturel, leur porte-voix ». Il est également qualifié, par l’historien Paul Airiau de « chanteur anticommuniste et républicain populiste ». Ses concerts font se réunir, en plus d’anciens pieds-noirs nostalgiques de l’Algérie française, de nombreuses figures d’extrême-droite comme Éric Zemmour ou Alain Madelin, ancien ministre de l’économie, fondateur du mouvement Démocratie Libérale (auquel Jean-Pax Méfret fût proche entre 1999 et 2002) mais surtout, co-fondateur du mouvement d’extrême-droite Occident, ancêtre du GUD, et dissous en 1968 du fait de sa violence.
L’artiste est distribué par Diffusia, diffuseur branché figures catholiques revisitées et chants militaires. Parmi leurs œuvres diffusés, on retrouve notamment les « Petites Histoires de France » de Jacques Bainville, académicien mais surtout figure de l’Action Française, mouvement monarchiste et antisémite, au tout début du 20e siècle.
Inviter un pied-noir, nostalgique de l’Algérie Française, proche de plusieurs groupuscules d’extrême-droite, est-ce donc ça « rendre la culture aux habitants » ? Interrogée à ce sujet par mail et par téléphone, la mairie d’Hénin-Beaumont ne nous a pas répondu. « C’est tout un univers nationaliste, nostalgique, militariste, qui est connu et partagé par son public. Mais il est particulièrement âgé, je ne pense pas qu’il vende beaucoup de disques hors de ces espaces-là », s’interroge Paul-Max Morin. « Donc qu’une mairie RN, dans une ville populaire, l’invite, c’est caricatural, parce que ça ne parle pas aux gens. C’est plutôt l’ouest parisien qui l’écoute ».
Paul-Max Morin analyse aussi cette invitation comme le marqueur d’une unité idéologique au sein du RN, malgré les divisions électorales entre le sud (plutôt bourgeois, dont est issue la majorité des pieds-noirs) et le nord de la France, davantage populaire. « On oppose souvent le FN/RN du nord, populaire, social, au RN du sud, qui serait bourgeois, mais en fait, on voit que cette distinction n’est pas du tout opérante. Bien sûr que les idées racistes et coloniales du parti se retrouvent également dans ce RN du nord. Ces références là, Steeve Briois ne les a pas apprises lui-même, elles lui ont été transmises par les vieux cadres du Rassemblement National. Ça montre qui tient la barre au sein du parti ».
Réalisatrice pour le cinéma, comédienne pour le théâtre, intervenante pédagogique audiovisuelle pour qui le veut. Journaliste, cadreuse et monteuse pour Espaces. Et quand j'ai le temps, je fais de la musique.
Fondatrice et tenancière multitâches chez Espaces. Documentariste, photographe, et autrice. Pratique le stream vidéo en amatrice. Animatrice radio instable mais motivée.

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